03.03.2008

L’amour inconditionnel est à réaliser


 

 

 

 

Image qui n’a rien à voir avec le texte

 

Toto, évidemment entiché de spiritualité, en a un peu marre de passer sans cesse par les différentes palettes de la grisaille émotionnelle. Pas plus tard que l’autre jour, à moins que ce ne fut pas plus loin que l’autre fois, il s’est encore mis en colère contre sa voisine, parce qu’elle avait encore mis l’une de ses poubelles trente centimètres au-delà de la limite, pourtant claire, de sa maison, débordant sur le territoire de Toto, presque à un mètre de la fenêtre de la cuisine de ce dernier. Toto est sorti remettre encore une fois la poubelle à sa place, c’est-à-dire sur le palier de la porte d’entrée de sa voisine, mais une heure plus tard, cette espèce de fofolle a ramené la poubelle sous les fenêtres de Toto. Toto a d’abord pensé aller sonner gentiment chez sa voisine et ensuite l’étrangler sur le palier. Puis il a imaginé lui envoyer des fleurs empoisonnées. Enfin, débordant d’imagination, il a conçu un excellent stratagème : envoyer des lettres de menaces anonymes, dans lesquelles il la menacerait de mort si elle persistait à mettre ses poubelles sous les fenêtres de son voisin !

Impressionné par son propre génie maléfique, Toto se frottait les mains en songeant à tout ce qu’il allait infliger comme représailles à sa voisine, lorsqu’il entendit sonner à sa porte. C’était sa voisine. « Bonjour monsieur Toto », dit la voisine, « excusez-moi de vous déranger, mais je voulais vous demander d’arrêter de mettre vos poubelles sur mon palier, s’il vous plaît ». Toto explosa dans une fureur à faire fuir un écureuil : « Mais ça va pas la tête !!!!!!!! C’est vous qui mettez vos poubelles sous mes fenêtres !!!!!!! ». La voisine ne se laissa pas intimider : « Ce sont vos poubelles ! Depuis une semaine je vous vois les laisser tomber négligemment par la fenêtre, vous n’avez même plus la force de les sortir normalement comme tout le monde ». Cinglant, Toto explosa : « Menteuse ! Vous m’avez vu faire ça !!!!? ». Mais en entendant ses propres mots, Toto comprit en un éclair ce qui s’était passé : depuis une semaine il hébergeait son ami Nono… et celui-ci, pour être gentil, avait proposé de s’occuper de la sortie des poubelles. Mais comme Toto ne voulait pas perdre la face devant sa voisine, il répliqua : « Ecoutez madame, pour cette fois je laisse passer, je ne vous en veux pas ».

Dans un sursaut de lucidité, Toto s’est un peu fâché contre lui-même… Pour quelqu’un qui avait déjà activé 90% de son ADN cosmique et qui avait complété à plus de 80% le processus d’Ascension dans la Lumière Divine Universelle, il se sentait un tout petit peu stupide de s’énerver encore pour des histoires de poubelles, d’autant plus que sa conscience multidimensionnelle vibrait, depuis un récent stage de transmutation par lumière vibratoire christique, en grande partie dans la 5ième dimension… « Je devrais être dans l’amour inconditionnel », se dit-il. Voulant être à la hauteur de son haut niveau d’évolution spirituelle, puisqu’il était dans l’avant-garde de la spiritualité, en tant que Travailleur de la Lumière et Messager de l’Amour du Flambeau du Grand Soleil Central, il prit la décision de vivre désormais dans l’amour inconditionnel. C’était la moindre des choses à son niveau cosmique. Mais, bien sûr, à peine deux heures après sa résolution, Toto s’énerva contre son ami Nono, parce que ce dernier avait détruit son lecteur DVD par mégarde en renversant son verre de sirop dessus… Et le lendemain, Toto traversa une vraie crise d’angoisse avant d’ouvrir une lettre qui venait manifestement du service des impôts, et il se sentit abattu lorsqu’il reçut une autre lettre concernant une facture d’électricité qu’il avait oubliée de régler. Bien qu’il ait adhéré à l’idée selon laquelle sa nature fondamentale est « amour », Toto ne pouvait que constater que son vécu intérieur quotidien n’était pas l’amour inconditionnel… mais simplement la valse grise des émotions claires et obscures…

Comment transcender cette valse grise et réaliser l’amour inconditionnel ? Il faut commencer par vouloir transcender la grisaille émotionnelle, non pas avec une volonté mentale, mais avec la volonté du cœur. Le déploiement de la volonté mentale ne fera, finalement, qu’agiter encore et encore le magma des émotions, car tout mouvement du mental suscite une réaction de l’émotionnel, les deux ordres de réalité étant extrêmement liés. Dans le même temps, tout abandon des ressources positives du mental a pour simple conséquence l’expansion du domaine des émotions, et la personne qui anesthésie sa propre volonté mentale se met elle-même à la simple merci de ses caprices émotionnels, à l’instar de Toto. La solution ne se trouve ni dans le déploiement hyper volontariste du mental, ni dans l’abandon anesthésiant des bonnes forces vives du mental. S’il y a une possibilité de transcender le domaine relatif et changeant des émotions, elle se trouve dans le déploiement de la volonté du cœur.

D’une certaine façon, on peut souscrire à l’idée selon laquelle l’amour est immanent et existe tout autour de nous, imprégnant toute chose et tout espace, depuis toujours. Cet amour immanent nous traverse et nous imprègne, comme il le fait pour tout le reste. Mais s’il faut être un peu plus objectif, et moins projectif, plutôt que de parler d’amour immanent, on devrait simplement dire qu’il y a là quelque chose d’immanent, mais ce quelque chose transcende totalement tous les qualificatifs qu’on peut lui attribuer et qui émanent, finalement, d’une déclinaison ou d’une autre de nos seules catégories psychologiques. Ce quelque chose n’est pas plus amour qu’il n’est n’importe quoi d’autre. Non pas qu’il inclut tout, mais il transcende tout. Jadis les Maîtres réalisés qui assumaient la responsabilité des anciennes écoles de mystère l’ont appelé le Sans Nom. C’est seulement le retrait progressif de la connaissance et l’expansion progressive des opinions au fil des derniers millénaires qui a généré des projections et des appellations multiples à l’endroit du Sans Nom. Aujourd’hui, parce que l’opinion a remplacé la connaissance chez la plupart des spiritualistes, et parce que l’immaturité spirituelle est devenue une sorte de condition désirable tandis que la maturité spirituelle est mal comprise, on parle de Dieu, de Force Divine, de Grand Soleil Central, etc… essayant de donner au Sans Nom quelque visage rassurant, essayant d’en faire un genre de papa-maman cosmique qui va s’inquiéter tout spécialement de l’existence quotidienne de la petite personne humaine, et qui va mobiliser des ressources cosmiques pour satisfaire tout spécialement aux attentes de Salut ou d’Ascension des uns et des autres.

L’amour immanent est certes là, mais en l’occurrence il est divinement indifférent, et ne fait pas plus de cas des malheurs de Toto que des bonheurs de Zozo. S’ouvrir à cet amour immanent est en soi une notion qui relève de l’anesthésie spirituelle lorsque derrière elle se tient tout un arrière-plan d’allergie aux notions d’effort et de travail. En apprivoisant une certaine forme d’immobilité du mental, et en apprenant par ce biais à pénétrer dans une sorte d’état de passivité mentale, il est possible de s’ouvrir à toute sorte de choses émanant du grand domaine de l’invisible, des choses bonnes qu’on appellera des énergies ou des intelligences cosmiques, et des choses néfastes qui peuvent se manifester sur un mode virulent… Mais dans la simple notion d’ouverture il ne réside aucune transcendance, à moins qu’il ne s’agisse d’une transcendance par procuration, comme le fait de s’ouvrir à la lumière et à l’énergie d’une puissante entité surprahumaine. Le fait d’être porté par une lumière et une énergie supérieures en s’ouvrant à l’être dont elles émanent, ne saurait être rien de plus qu’une phase transitoire dont le meilleur usage consiste à soutenir votre propre travail intérieur afin d’éveiller la force solaire qui réside dans votre propre cœur. L’amour immanent est certes une chose intéressante, si tant est que l’on comprend qu’il s’agit là de la présence transcendante du Sans Nom, mais le plus important est cette force solaire qui siège au centre de votre cœur et qui a le pouvoir d’aimer de manière inconditionnelle et totale. Cette force solaire est déjà là, il n’y a pas besoin de la chercher. Mais elle n’est pas encore éveillée, autrement vous seriez des Maîtres. Il est de votre responsabilité de l’éveiller, par un travail intérieur fondé sur la justesse, l’intensité et la volonté du cœur. Et c’est seulement une fois que cette force solaire sera éveillée en vous, que votre connexion intérieure avec le Sans Nom deviendra une réalité énergétique active, et cessera d’être un simple ressenti subjectif ou une simple pétition de principe.

Kessani et Chris Iwen

 

http://iwen.free.fr/reflexions/amour_inconditionnel.htm

21.02.2008

Tao Te King

Me plaît cette nouvelle traduction du Tao Te King, sous la plume-clavier de l'auteur du site non-dualite.fr. Elle en transmet la quintessence dans un langage actualisé. 

 

***

Le Principe est simple, humble, amiable, lumineux, dépourvu de forme, sans attribut, unique, immuable, omniprésent, indéterminé, inaltérable, vide. Il est complètement désintéressé dans son action. Si nous l'imitons, tout nous réussit. La connaissance que l'homme a du Principe dépend de son état d'esprit. Habituellement libre des passions, l'esprit connaît sa mystérieuse essence, habituellement passionné, il n'en connaît que les effets: le monde des phénomènes. Tout le monde a la notion du beau, et par elle celle du laid; la notion du bon et par elle celle du mauvais. Ainsi, être et néant, difficile et facile, haut et bas, long et court, chaud et froid, sombre et clair, léger et lourd sont des notions corrélatives, dont l'une étant connue révèle l'autre. Ne pas faire cas de l'habilité aurait pour résultat que personne ne se pousserait plus. Ne pas priser les objets rares ferait que personne ne volerait plus. La politique du sage consiste à vider l'esprit des hommes et à remplir leur ventre. Il n'est rien qui ne s'arrange par la pratique du non-agir. Aucun extrême ne peut être maintenu longtemps. A toute apogée succède nécessairement la décadence. Le plus appelle le moins, l'excès le déficit. Renoncez à toute science, et vous serez libres de tout souci. Qu'est-ce que la différence entre le bien et le mal, le beau et le laid? L'être et le non-être? Tout cela empêche la liberté de l'esprit, lequel doit être libre pour s'unir au Principe.

Le sage est simple, naturel, a peu d'intérêts particuliers, et peu de désirs. Il s'en tient à l'Unité. Il sert sans agir, enseigne sans parler; il laisse les êtres devenir sans les contrecarrer, vivre sans les accaparer, agir sans les exploiter. Il ne s'attribue pas les effets produits, et par suite, ses effets demeurent.

Le sage donne car plus il donne, plus il a. Plus il agit pour les hommes, plus il peut. Il imite le ciel, fait du bien à tous, ne s'opposant à personne. Comme il ne tient à rien, qu'il laisse tout aller, rien ne lui échappe.

Chercher la pureté et la paix dans la séparation d'avec le monde est exagération. Elles peuvent s'obtenir dans le trouble du monde par le calme intérieur à condition qu'on ne se chagrine pas de l'impureté du monde et que l'on suive le mouvement universel sans désirer qu'il s'arrête.

Avoir conscience de sa virilité et se tenir néanmoins dans l'état inférieur de la femelle, c'est montrer que l'on conserve intact en soi la vertu primordiale. Se savoir éclairé et se faire passer volontairement pour un ignare montre que l'on est uni au Principe. Se savoir digne de gloire et rester dans l'obscurité prouve que l'on possède encore intacte l'abnégation originelle, la simplicité naturelle.


Celui qui est arrivé au maximum du vide sera fixé solidement dans le repos du non-être. Les êtres innombrables sortent du non-être et je les vois y retourner, puis renaître encore, et mourir à nouveau. C'est l'alternance de la vie et de la mort.

Connaître les autres est sagesse; se connaître soi-même est sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres est force; se l'imposer à soi-même est force supérieure. Se suffire de son destin est la vraie richesse, se maîtriser le vrai caractère. Rester à sa place fait durer longtemps. Après la mort, ne pas cesser d'être est la vraie longévité, résultat de la conformité à la nature et au destin.

Se conformer au Principe, c'est s'atténuer chaque jour pour revenir à la simplicité primordiale.

Celui qui parle ne connaît pas le Principe. Celui qui connaît le Principe ne parle pas. Il tient sa bouche close, retient sa respiration, émousse son activité, se délivre de toute complication; tempère sa lumière, se confond au vulgaire. Il est insensible au gain et à la perte, à l'exaltation comme à l'humiliation. Étant tel, il n'y a rien de plus noble au monde. Tout savoir et croire qu'on ne sait rien, voilà le vrai savoir. Ne rien savoir et croire que l'on sait tout, voilà le mal commun des hommes. Le sage laisse aller tous les êtres d'après leurs natures diverses. Les agiles et les lents, les apathiques et les ardents, les forts et les faibles, les persévérants et les instables. Il se borne à réprimer les excès qui sont nuisibles à l'ensemble des êtres, comme la puissance, la richesse et l'ambition, en se rappelant la nature innommée, simplicité primordiale. Dans cet état primordial, pas de désirs, tout est en paix, l'état se gouverne lui-même.

Quand le gouvernement est simple, le peuple abonde en vertu. Quand le gouvernement est politique, le peuple manque de vertu. Pour coopérer avec le ciel dans le gouvernement des hommes, l'essentiel est de tempérer son action. Cette modération doit être le premier souci. Elle procure l'efficacité parfaite, laquelle réussit à tout, même à gouverner l'empire.

Si un grand Etat s'abaisse, comme ces creux dans lesquels les eaux confluent, tout le monde viendra à lui. Il sera comme la femelle universelle. Dans sa passivité et son infériorité apparentes, la femelle est supérieure au mâle. A condition de savoir s'abaisser, le grand Etat gagnera les petits Etats qui, s'abaissant aussi, rechercheront son protectorat. Mais il faut que les grands daignent s'abaisser vers les petits.

Dans l'antiquité, ceux qui se conformaient au Principe ne cherchaient pas à rendre le peuple intelligent, mais visaient à le faire rester simple. Quand le peuple est difficile à gouverner, c'est qu'il en sait trop long. Celui qui prétend procurer le bien d'un pays en y répandant l'instruction, celui-là se trompe et ruine le pays. Tenir le peuple dans l'ignorance, voilà le salut de ce pays. C'est la formule de l'action mystérieuse, de grande profondeur, de longue portée. Elle n'est pas du goût des êtres, mais grâce à elle, tout vient à bien paisiblement.

Partout et toujours, c'est le mou qui use le dur. Le non-être pénètre même là où il n'y a pas de fissure. Je conclus de là l'efficacité du non-agir. En ce monde, rien de plus souple et de plus faible que l'eau; cependant aucun être, quelque fort et puissant qu'il soit, ne résiste longtemps à son action. Les vagues de l'océan viennent à bout des falaises les plus dures; et pourtant, nul ne peut se passer d'eau.

De même, l'homme qui vient de naître est souple et faible. Quand il devient fort, solide, raide, la mort le gagne... Celui qui est fort et puissant est marqué par la mort, celui qui est faible et flexible est marqué par la vie. Est-il assez clair que la faiblesse vaut mieux que la force et que la souplesse prime la raideur?

 

http://non-dualite.fr/taoisme/tao_tei_king.html

04.02.2008

De l'Extinction

Tandis que l'ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l'enthousiasme annihilant, et que l'adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d'esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l'Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l'invisible et ne les connaît ni "connaisseur", ni "désirant", ni "adorateur", comme ne les perçoit ni "confié à Dieu", ni "ascète"! L'ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l'enthousiasme pour abolir le chagrin, l'adorateur fait du zèle dans l'espoir d'accéder à la "proximité", le connaisseur sage vise par sa force d'esprit l' "arrivée", mais la Vérité ne se dévoile qu'à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu'à son nom! La connaissance est voile sur le Connu, et la sagesse une porte auprès de laquelle on s'arrête; de même tous les autres modes spirituels sont des "moyens" comme les "lettres"; et toutes ces choses ne sont que "faiblesses" qui aveuglent les regards et éteignent les lumières. Car s'il n'y avait pas les Noms, le Nommé paraîtrait, s'il n'y avait pas l'amour, l'union persisterait, s'il n'y avait pas les lots différents (du sort), tous les degrés seraient conquis, s'il n'y avait pas le Soi suprême, le Moi suprême paraîtrait, s'il n'y avait pas Lui, il y aurait Moi, s'il n'y avait pas Toi, se verrait la marque de l'ignorance, s'il n'y avait pas la compréhension (ordinaire), s'affirmerait le pouvoir de la Science (pure): et alors les ténèbres seraient abolies, et toutes ces lourdes bêtes s'envoleraient comme d'impondérables oiseaux dans les exiguïtés de l'extinction!

A ton coeur se révèle Celui qui n'a jamais cessé
de résider dans l'inscrutable mystère du Sans-commencement!
Mais c'est toi-même qui étais le voile sur ton oeil
bien que cela fût par la vertu même de ta similitude divine.
Alors au coeur apparaît que Celui qu'il voit
n'a jamais cessé de l'appeler vers Lui!
C'est ainsi qu'un Propos vint, renfermant toute Parole,
et sa gloire fut manifestée par l'Envoyé de la Région Suprême!
.
Ibn Arabi [La Parure des Abdal]