05.07.2009

Parsons: " Il n'y a personne ! "

Le message de Tony Parsons est très simple: "Il n'y a personne, il n'y a que Cela: ce qui est..."

Extrait de son ouvrage "Le Secret Ouvert":

Alors que nous restons enfermés dans l'expérience apparente d'être des individus séparés vivant dans une existence avec laquelle nous devons négocier, nous vivons en fait dans un état de rêve.

Dans cet état de rêve, tout ce que nous faisons est dirigé selon la loi des opposés dans laquelle chaque chose, prétendument positive, est exactement contrebalancée par son opposé.

De ce fait, tous nos efforts individuels pour que notre vie fonctionne, pour atteindre la perfection ou atteindre la libération personnelle, sont neutralisés.

Nous découvrons, par la réflexion profonde et la compréhension, qu'aussi longtemps que nous continuons dans ce rêve, nous vivons en réalité dans un cercle. Nous sommes sur une roue sur laquelle tout se répète constamment à maintes reprises, sous différentes formes. C'est la Conscience prenant plaisir à une création qui est à la fois contrainte et libérée. Et en dépit de ce que nous croyons de notre individualité et notre bonne volonté, nous découvrons que nous sommes seulement des personnes rêvées réagissant et répondant à un ensemble de systèmes de croyances conditionnés et historiques.

Toute religion classique, tout art et toute science dans un monde que nous voyons comme progressif, se produisent à l'intérieur de cet état neutre et parfaitement équilibré qui ne sert qu'a refléter une autre possibilité. Du point de vue de la libération réelle, rien ne se produit. Ce que nous avons apparemment créé est apparemment détruit. Et ce que nous avons apparemment détruit est apparemment recréé.

Se déplaçant de notre nature originelle et éternelle dans la Conscience identifiée, nous avons créé cette circonstance où le rêve que nous vivons n'a d'autre but que notre réveil. Ce réveil émerge à l'extérieur du rêve, à l'extérieur du temps et est complètement au-delà de la notion d'effort individuel, de sentier, de processus ou de conviction.

Voir quelques extrait sous-titrés en français de la conférence de Tony Parsons à Amsterdam en 2005. Conférence disponible en téléchargement sur tony.metawiki.com

Vidéo 1

Vidéo 2

Vidéo 3

31.05.2009

Expériences "sans tête"

Les éditions Almora viennent de publier un nouveau livre de José Le Roy et Lorène Vergne consacré aux expériences de Douglas Harding. De nombreux dessins de Lorène illustrent le livre.

 

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Extraits :

"Expérience 20 : L'objet est vu



matériel : aucun

temps: 10 mn

nombre de participants: 1 au minimum



Nous vivons à partir d'une dualité illusoire, celle du couple Sujet/Objet. Nous pensons à tort que nous sommes un sujet percevant des objets. Je suis le Sujet ici et je perçois l'objet là-bas à une certaine distance.

L'expérience suivante vise à montrer que cette manière de percevoir et de vivre est fausse.

Regardez un objet, par exemple, ce livre posé sur la table.

Nous pensons que nous voyons ce livre ; nous croyons en effet que la vision est comme un rayon de lumière qui part de nos yeux, franchit une certaine distance, et va enfin toucher le livre. Nous nous imaginons la vision comme un acte reliant deux choses : mes yeux et l'objet. La vision comme la lumière d'un phare part de nous (le sujet) et atteint le livre (l'objet) situé à une certaine distance.



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Dessin 22 : on s'imagine lire en tant que troisième personne

En réalité, il s'agit là de la vision en seconde et troisième personne ; c'est bien ce qui se produit quand « tu » vois, « il » ou « elle » voit ou « eux » voient ; le schéma correspond bien au dessin précédent : un objet (la tête) se trouve à une certaine distance d'une autre objet (ce livre).

Mais, quand nous sommes attentifs à ce que nous montre l'expérience, la vision ne se produit pas du tout ainsi ; il n'y a pas un sujet (en plus identifié lui-même à un objet) à distance d'un autre objet.

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   Dessin 23 : Le livre apparaît dans l'espace de la vacuité ; personne ne lit.

Mais nous pouvons voir à partir du dessin que l'acte de lire est tout à fait différent :

Y a -t-il quelqu'un qui voit le livre ?

Voyez-vous un observateur qui regarde le livre ?

La vision ne se produit-elle pas plutôt à partir d'un espace vide, sans limite et sans forme ?

Ne doit-on pas plutôt dire : le livre est vu ?

Et n'en va-t-il pas de même pour tous les objets ?


L'éveil c'est réaliser que je ne regarde pas les objets mais que les objets sont vus par personne."

http://eveilphilosophie.canalblog.com/

30.04.2009

Alan Watts : Amour & Connaissance (Extraits)

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Nature

"Il apparaît de plus en plus que nous ne sommes pas placés dans un monde morcelé. Les grossières divisions entre esprit et nature, âme et corps, sujet et objet, sont de plus en plus considérées comme des fâcheuses conventions de langage. Ce sont des termes boiteux qui ne s'appliquent plus à un univers où tout est en interdépendance, un univers qui se présente comme un vaste complexe de relations subtilement équilibrées.

La nature a un caractère intégralement relationnel, et une interférence en un point déclenche d'imprévisibles réactions en chaîne."

 
"Au centre de cette nouvelle manière d'envisager les choses, on trouve l'idée d'un monde unitaire sans le moindre raccord, tissu d'interractions mutuelles, où une chose ne se comprend que rapportée à une autre et réciproquement. Il est impossible, dans cette perspective de considérer l'homme isolément de la nature."

"Dans cette nouvelle façon de penser, esprit et matière se résolvent en processus, tandis que les choses se trouvent changées en évènements.

La découverte de notre totale imbrication avec la nature est d'une telle portée que la compréhension du noeud de relations revêt une importance primordiale, qui impliquerait de comprendre la nature "de l'intérieur".
 

"La conscience d'une solidarité indissoluble de l'homme avec la nature peut être accablante pour certains. Elle apparaît humiliante à une civilisation où l'homme a toujours été considéré comme le couronnement de la création et son "maître et possesseur."

 "L'Occident professe une philosophie tournée vers le futur, mais son attitude effective est en contradiction avec cet idéal. Sa vue ne porte guère au-delà du lendemain puisqu'il exploite les ressources terrestres (et modifie l'environnement) avec une connaissance très fragmentaire du réseau de relations ainsi déséquilibré."

 

Séparations

"C'est pour la civilisation occidentale une idée fixe que l'univers consiste en choses distinctes, ou entités. L'homme se considère de ce fait lui-même comme une partie, introduite dans l'assemblage total de la nature. Le fonctionnement de l'univers naturel est conçu en terme de lois logiques; l'ordre des choses est assujetti à la mécanique linéaire d'une série de causes et d'effets, dans les limitations d'une conscience qui ne perçoit qu'une seule chose à la fois.

Si la nature nous semble être un mécanisme, c'est que notre attitude mentale n'en retient que ce qui concorde avec une analogie mécanique ou mathématique. Une telle attitude empêche de jamais voir la nature, elle n'aperçoit que les formes géométriques qu'elle a réussi à y projeter."

"Nous comprenons la nature en la désintégrant, puis nous pensons qu'elle est elle-même un amas de fragments."
 
  
"On tend à considérer actuellement les lois comme des outils humains, un peu comme des instruments tranchants permettant de dépecer la nature en portions susceptibles d'être digérées."

"Il est un type d'homme qui aborde le monde tout bardé de ces instruments durs et tranchants, au moyen desquels il découpe et catalogue l'univers en catégories précises et stériles afin de se rassurer."

 
"Une fois dotés du pouvoir de raisonner et d'exercer consciemment notre attention, les hommes furent certainement fascinés par ces nouveaux outils, au point d'en oublier tout le reste, un peu comme ces poules hypnotisées qui ne peuvent détacher leur bec d'un trait de craie. Toutes nos possibilités de perceptions furent identifiées à ces fonctions partielles, si bien que nous perdimes la capacité de sentir la nature du dedans et de percevoir notre unité sans faille avec l'univers."

 

Intellect

"Le mode analytique de perception nous masque le fait que les choses et les évènements n'existent pas indépendamment les uns des autres. Le monde est une totalité supérieure à la somme de ses parties pour la raison même que ces parties ne s'additionnent pas mais sont une corrélation. La totalité est une structure qui subsiste, tandis que vont et viennent les parties, tout comme le corps humain est une structure dynamique dotée de permanence, malgré la rapidité avec laquelle naissent et meurent les cellules."

"Les mots et les moules de pensée du mode de pensée analytique sont impuissants à embrasser ce monde de relations, sauf par des analogies qui ne sont jamais entièrement satisfaisantes. Admettre que les éléments fondamentaux de la nature sont des "relations" plutôt que des "choses" peut paraître terriblement subtil et abstrait tant qu'on ne s'est pas aperçu que les relations sont celà-même que nous touchons et sentons, et qu'il n'y a rien de plus concret."

 "Comprendre la nature avec la pensée analytique, c'est comme vouloir distinguer les contours d'une grotte avec un pinceau de lumière intense, mais très mince. Le trajet de la lumière et la série de ses points d'impact sont retenus par la mémoire, et l'aspect général de la grotte laborieusement reconstitués à partir de souvenirs."

"L'étude analytique de ces interactions accumule une somme croissante d'informations que leur abondance et leur complexité rendent" difficiles à utiliser en vue de prévoir précisément les changements."

"La démarche linéaire de l'intellect lui interdit de comprendre vraiment un système de relations où tout se passe simultanément. Il parvient tout au plus à se le représenter approximativement."
 
"Ce mode de conscience sériel ne peut considérer qu'une pensée et une chose à la fois."

"Pour saisir de grands ensembles, l'homme se voit donc obligé de recourir à l'intuition."
 
"L'intuition s'appuie sur une démarche inconsciente de l'intelligence qui ne procède plus de façon laborieusement linéaire, et se montre capable d'embrasser d'un seul coup de vastes champs de détails en mutuelle interaction."

 

Identité

"Le mode de pensée analytique ayant pour support les mots, nous a donné l'habitude, pour définir quelque chose, d'énoncer ce qui la distingue et la rend "caractéristique", bref ce qui définit son identité. Si bien que l'on s'accoutume à penser qu'une identité est une question de séparation, par exemple que mon identité réside en la manière particulière dont je diffère des autres, soulignant la différence comme étant l'essentiel.

Dans ces conditions, le monde m'apparaît comme une chose avec laquelle je dois ETABLIR une relation, et non comme une chose avec laquelle J'AI une relation."

"[De la même façon, nous nous concevons] scindés en deux parties: un centre bien délimité d'attention, "je", et un vaste et complexe organisme, "Moi", dont la connaissance que nous en avons oscille entre des sentiments confus et la technicité abstraite des notions biologiques. L'homme façonné par la culture occidentale est étranger à lui-même, ainsi qu'au milieu naturel dont fait partie son organisme.

 "L'étroitesse de la conscience et son mode sériel de stockage des impressions dans la mémoire, tels sont les moyens qui nous permettent d'avoir le sens d'un Moi. Si le Moi s'évanouissait, ou plus exactement, s'avérait n'être qu'une fiction utile, il n'y aurait plus dualité sujet-objet, mais simplement un courant de perception continu."
 
"En vérité, c'est pour la pensée seulement que la peau sépare le corps du reste du monde. Pour la nature, la peau est agent de liaison autant que de séparation."

 

Ego

"Le Moi est une image sociale à laquelle l'esprit apprend à d'identifier. Il est le rôle que la société prescrit à l'individu afin de pouvoir tabler sur un centre d'action stable dont on peut prévoir le comportement parce qu'il oppose une résistance inébranlable aux mouvements de la spontanéité. Une extrême souffrance ou l'imminence de la mort l'empêchent de tenir ce rôle, si bien que ces fatalités s'associent à la honte et aux angoisses endurées par l'enfant que nous fûmes lorsqu'il s'agissait de devenir un Moi acceptable pour autrui. La mort et l'agonie sont redoutées comme une déchéance, et le combat qui les accompagne est un effort désespéré pour tenter de sauver un mode de sentir et d'agir acquis comme un rang social."
 
"La fascination qu'exerce la certitude de la mort peut nous laisser figés de stupeur, jusqu'au moment où une illumination nous révèle que ce n'est pas la conscience qui meurt, mais la mémoire. S'ouvrir à cette vérité, c'est s'ouvrir à un singulier sentiment de solidarité -d'identité- avec les autres créatures et commencer à comprendre le sens de la compassion.

Le Moi lutte sans relâche contre la dissolution qui serait justement sa délivrance."
  
"On pourrait concevoir la délivrance comme l'ultime profondeur de l'échec spirituel, un degré d'échec où l'on ne peut même pas revendiquer ses vices. Dans la conscience de cette réalité momentanée et vide, le Bodhisattva connaît un désespoir au delà du suicide. L'Ego s'évanouit avec les illusions où l'on ne rencontrait que vide dans sa résistance acharnée au vide, souffrance dans sa fuite devant la souffrance, et contraction dans son effort pour se décontracter. Mais en s'évanouissant, il s'abandonne au vide même où resplendissent le soleil, la lune, et les étoiles."
 
 "La spontanéité n'est somme toute qu'une totale sincérité -la personne étant toute entière dans son acte sans la moindre réticence- à laquelle l'adulte civilisé n'est guère poussé que par un désespoir extrême, une souffrance intolérable, ou l'imminence de la mort. D'où le dicton: "le désastre de l'homme est l'occasion de Dieu".

 

Spontanéité

"La spontanéité des petits enfants, incontestablement rebelles à une intégration sociale, est une spontanéité "embryonnaire", encore incoordonnée. Il parait alors impensable de socialiser ces enfants en permettant à cette spontanéité de se développer, et l'on cherche à les intégrer socialement en implantant tout un système de résistances et de peurs.
 
L'organisme se trouve alors scindé en un centre de décision, et un centre d'inhibition. Aussi est-il rare de rencontrer une personne dotée d'une spontanéité qui se contrôle elle-même, cette formule nous semblant du reste complètement contradictoire. C'est comme si nous apprenions à nos enfants à marcher en soulevant leurs jambes avec les mains, au lieu de les mouvoir de l'intérieur."
 
 "Lorsque nous disons d'un pianiste ou d'un danseur qu'il contrôle parfaitement ses mouvements, nous nous référons en vérité à une certaine combinaison de contrôle et de spontanéité. Le contrôle de l'artiste définit une zone à l'intérieur de laquelle il peut s'abandonner sans réserve à sa spontanéité."

"Tous les arts comportent des règles jusqu'à un certain point, (...) mais il subsiste toujours cet indéfinissable qui distingue la vraie maîtrise."

"La spontanéité est parfaite lorsqu'elle ne requiert aucun contrôle, lorsque le dedans est si harmonieux qu'il ne requiert pas la surveillance de la conscience."
  
"Contrôler, c'est inhiber, et un système entièrement inhibé est bloqué."

"Loin d'être une force, la dureté et la dureté rigidité masculine que nous affectons ne sont rien d'autre qu'une paralysie émotionnelle. Nous nous cramponnons, non parce que nous sommes maîtres de nos sentiments, mais parce que nous en avons peur, comme nous avons peur de tout ce qui, en nous, est symbole de féminité et d'abandon."

"Celui qui connaît la virilité mais contient la féminité
deviendra un bassin où s'accumule toute la force du Monde
Comme il est un bassin pour le Monde, il ne sera pas séparé de la force éternelle,
Et ainsi il peut retourner à l'état de l'
enfance."

Tao Te King, XXVIII

 

Religion

"Pour agir ou nous développer de façon créatrice, il nous faut commencer là où nous sommes, mais "tout entiers", sans réserve et sans regret. Faute d'acceptation de soi, nous sommes en divorce perpétuel avec notre point de départ, toujours en train de nous méfier du terrain sur lequel nous nous tenons, si divisés contre nous-même que nous ne pouvons agir avec une authentique sincérité. En dehors de cette acceptation, conçue comme fondement de la pensée et de l'action, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d'un esprit scindé et de mauvaise foi."
  
"C'est ainsi que nous arrivons à nous accepter nous-mêmes par délégation, par l'entremise d'un Dieu libéralisé dont l'amour et le pardon sont infinis. C'est Lui qui nous accepte totalement et non pas directement nous-mêmes. Il arrive aussi que nous nous concédions le droit de nous accepter, mais à condition d'en avoir payé le prix en subissant une discipline écrasante ou en franchissant une série d'obstacles spirituels. Après quoi, l'acceptation est encore fortifiée par l'autorité collective d'une confrérie d'initiés représentant quelque tradition vénérable."
 
"L'illumination, ou accord conscient avec le Tao, ne peut survenir aussi longtemps qu'on la considère comme un état particulier pour lequel il existerait critères et normes. L'illumination, c'est d'abord la liberté d'être le raté que l'on est."

 

Vivre

"La liquidation de prémisses erronés n'est accordée qu'à ceux qui descendent jusqu'aux racines de leur pensée pour en découvrir la nature."

"L'essence du cercle vicieux consiste à poursuivre ou fuir un terme inséparable de son opposé, à une vitesse qui s'accélère de plus en plus tant qu'on n'a pas perçu la solidarité des deux termes."

"Ainsi, fuir la douleur et poursuivre le plaisir reviennent à une seule et même attitude contractée de la conscience."

"Nous voyons dans les sentiments négatifs un désordre de l'esprit justifiable de soins appropriés. En vérité, ce qui appelle des soins est la résistance intérieure à ces sentiments, la résistance qui nous précipite dans l'action pour essayer de les supprimer, au lieu d'attendre que le sentiment s'en aille de lui-même."

"L'esprit ne cesse de faire des efforts: pour chasser l'ennui quand il est déprimé, pour calmer une peur, pour tirer le maximum de plaisir, pour s'obliger soi-même à être plein d'amour, de patience, d'attention. Il se donne même de la peine pour être heureux. Et lorsqu'on lui dit qu'il fait fausse route avec tant d'efforts, il s'efforce alors de ne pas s'efforcer!"

"De même qu'il est parfois nécessaire de se taire pour entendre ce que les autres ont à dire, la pensée elle-même doit faire silence pour pouvoir penser à autre chose qu'à elle-même."

 "Le mystère de la vie n'est pas un problème à résoudre, mais une réalité à éprouver."

 

Satori

"Nous sommes un faisceau ou une collection de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité, et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuel."

"Parce que rien ne l'enraie, le cours des émotions acquiert une qualité particulière de liberté, ou "vacuité", que les Taoistes et les Boudhistes nomment "absence d'égo", "non-mental", où les réactions naturelles se succèdent sans entraves, "comme un bouchon flotte sur un cours d'eau."

"Donner libre cours au sentiment, c'est l'observer sans interférence, le considérer sans le nommer; c'est reconnaître que sa mobilité interdit de le comprendre en termes statiques, ce qui exclut également de le juger selon le bien et le mal."
 
  
"Considérée de cette façon, la complexité déconcertante de la nature devient une danse, sans autre but que les figures exécutées. Pris dans l'illusion du temps et de la finalité, la danse et le rythme extatique des choses sont masqués, et apparaissent comme une chasse éperdue, une lutte contre le retard et l'obstacle. Une fois reconnu le non-sens ultime de cette chasse, l'esprit s'apaise et perçoit le rythme du cosmos; il découvre que l'intentionnalité (intemporelle) du processus atteint sa fin à chaque instant."
 
 
"Lorsque l'esprit glisse à son insu dans une attitude réceptive, il lui arrive d'être gratifié d'une perception "magique" du monde.
Les impressions affectant les esprits agités et perpétuellement en quête de quelque chose se trouvent malheureusement brouillées par la vitesse à laquelle elles sont reçues, si bien que le rythme des formes du monde passe inaperçu, et que ses couleurs paraissent plates et sans irradiation intérieure."

"L'existence du sage est une vie qui s'abandonne sans calcul au présent."

"Au moment même où l'on veut saisir l'instant qui passe afin d'en tirer quelque chose, celui-ci semble nous échapper.
Quiconque cherche à tirer quelque chose de son expérience présente s'en trouve séparé par là-même: il est sujet, et elle objet. Il ne voit pas qu'il EST cette expérience, et que s'efforcer d'en tirer quelque chose revient à se poursuivre soi-même."

   
"Bien que toute chose retentisse dans l'esprit, l'esprit devrait rester comme s'il n'avait jamais résonné aux choses, et celles-ci ne devraient pas demeurer en lui."

"Le point le plus élevé que l'homme puisse atteindre est l'étonnement. Lorsqu'un phénomène originaire suscite en lui cet étonnement, il doit s'estimer satisfait. Rien de plus grand ne peut lui être accordé, il ne saurait chercher au-delà."

 

"Définir signifie fixer et, en dernière analyse, la vraie vie n'est pas fixe."

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Alan Watts, "Man, Woman and Nature", trad. fr, Almora, 2007.

27.02.2009

Quelques nouvelles

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"Je suis le secret enfoui dans l'odeur de l'herbe fraîchement coupée, dans le houououhh du vent s'engouffrant dans le conduit de cheminée, dans les cent mille doigts de l'averse de neige, dans la nacre d'un matin de printemps, dans le message muet d'un alignement de marrons d'Inde, dans la déclivité de la plage et la danse des poux de sable ; je suis ce qui jadis vous rendit vivant, je fus l'instigateur de tous vos émerveillements, de tous vos étonnements, je suis l'unique raison pour laquelle quiconque, jamais, s'aima et aima, je suis le secret qui irrigua chacun de vos secrets d'enfant, je suis l'ange que tout enfant porte en filigrane et que vous avez tué. Je suis vous."

Stephen Jourdain, l'éveillé irrévérencieux nous a quittés le 19 février 2009.

En souvenir de son passage parmi nous, cette émission enregistrée sur RFI qu'on peut écouter ici.

***

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La Terre, il y a 114 millions d’années, un matin juste après le lever du soleil. La première fleur à apparaître sur notre planète

s’ouvre pour recevoir les rayons du soleil. Depuis des millions d’années et avant cet événement capital qui annonce une transformation

évolutive dans la vie des plantes, la planète était couverte de végétation. La première fleur n’a probablement pas survécu

longtemps et les fleurs en général ne furent que des phénomènes rares et isolés, car les conditions n’étaient pas encore tout à

fait favorables à une floraison à grande échelle. Pourtant, un jour, un seuil critique fut atteint et, soudainement, il y eut une explosion

de couleurs et de senteurs sur la planète tout entière... pour peu qu’il y ait eu une conscience pour en témoigner.

Beaucoup plus tard, ces êtres délicats et parfumés que nous nommons « fleurs » joueront un rôle essentiel dans l’évolution de

la conscience d’autres espèces. Ainsi, les humains seront de plus en plus attirés et fascinés par elles. Les fleurs furent fort probablement

la première chose à laquelle les humains, dotés d’une conscience en développement, attribuèrent une valeur aucunement

utilitaire, une valeur sans lien avec la survie. Les fleurs servirent à inspirer d’innombrables artistes, poètes et mystiques. Jésus

ne nous dit-il pas de contempler les fleurs et de les laisser nous apprendre à vivre. On dit même que Bouddha tint un jour un

satsang* au cours duquel il observa en silence une fleur qu’il tenait dans sa main. Quelques instants plus tard, un de ceux présents,

un moine nommé Mahakasyapa, se mit à sourire. On dit qu’il fut le seul à avoir compris ce discours silencieux. Selon la

légende, ce sourire (c’est-à-dire l’éveil spirituel) fut transmis par vingt-huit maîtres successifs et, beaucoup plus tard, fut à l’origine

de la tradition zen.

 

L'ouvrage "Nouvelle Terre" d'Eckhart Tolle a fait l'objet d'une série d'émissions télévisées animées par la célèbre Oprah Winfrey.

Un internaute français, infop2, en a assuré une excellente traduction en français. On peut les visionner ici.

31.01.2009

Il n'y a rien à comprendre !

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Eric Baret

 

« Comprendre quelque chose dans le sens profond veut dire que la compréhension s'élimine : le concept se résorbe. Ce que l'on comprend n'a aucun sens. En sortant d'une exposition de peinture, très vite, les images des tableaux vous quittent, mais la beauté ne vous quitte pas. Continuer de voir l'image serait un obstacle à la beauté. En quittant l'opéra, continuer à entendre les sonorités empêche de goûter la musique.

Pour une conversation, c'est la même chose. Une conversation est une œuvre d'art : rien n'est affirmé, ce sont des mouvements qui ont lieu dans l'espace. Ces mouvements sont là pour faire sentir l'espace. Ce que l'on dit est complètement gratuit. On pourrait parler de n'importe quoi. Si on veut comprendre, on reste au niveau de la discussion et c'est vraiment une perte de temps. Si l'on accepte le jeu, que ce que l'on dit ou fait n'a aucune importance, un goût, une ambiance restent. Lorsque vous vous trouvez dans telle ou telle situation, votre attitude peut participer de cette ambiance. Cela va se transposer. Ce qui prouve qu'il y a compréhension est cette faculté de pouvoir transposer à d'autres niveaux.

L'objet de la compréhension n'a aucune importance. L'important c'est une compréhension non objective où rien n'est compris. Allez voir une exposition, sans but. Le tableau ou la sculpture qui vous amène à la beauté n'a aucune importance : ce n'est pas ce que vous rapportez avec vous. Ce qui vous reste, c'est la beauté. »

 
« Oubliez la fleur et gardez son parfum. »
Jean Klein
 

« Dans une discussion [...], le but n'est pas dans les arguments qui peuvent être changés. Le but est de trouver ce courant, cette ouverture dans laquelle ce que l'on dit a très peu d'importance. Ce qui reste est ce sentiment d'ouverture. Ce n'est pas quelque chose que l'on apprend : l'ouverture fait l'unité de l'humain. Nous l'avons en commun. Si nous pouvons aimer un autre être humain, un chien, un chat, c'est grâce à cette ouverture commune à tous. Ce n'est pas quelque chose qui est à l'extérieur, qui est transmis ou qui s'apprend, c'est l'essence même de la vie. Une conversation au sens traditionnel sert uniquement à tendre vers cette ouverture. Oubliez tous les arguments, demain, on pourra dire tout autre chose. L'essentiel est ce sentiment que la compréhension s'arrête avant la vraie compréhension. Finalement, il faudrait se quitter avant de comprendre quoi que ce soit.

Comprendre est violence, ramener l’inconnu au niveau du connu, des limitations, de la mémoire. Il n'y a rien qui puisse être compris. Restez toujours en deçà de la compréhension. Quand vous avez cette ouverture, rien ne se conclut. Quand vous dites : “Je suis d’accord, j’ai compris”, vous êtes tombé dans le piège, il y a limitation.

Pourtant, quand on vous écoute, on a l'impression que vous avez compris quelque chose.

On ne peut rien comprendre. Quand vous êtes dans la situation, qu’y a-t-il à comprendre ? La situation se conclut dans votre écoute mais personne ne peut la comprendre. Vous pouvez uniquement avoir les mains vides. Se rendre compte que tout ce que vous projetez, tout ce que vous pouvez penser, est ce qui vous empêche d’être profondément dans la situation, de communiquer.

Pour communiquer, il faut être libre de tout passé, de toute référence. Vous vous rendrez compte alors que toute votre connaissance, toute votre compréhension sont l’obstacle à une vraie communication. Il y a des moments où, naturellement, cette conceptualisation, cette idée de comprendre ne sont plus là. Vous pouvez alors regarder une œuvre d’art, écouter une situation. Tout l'art traditionnel pointe vers cette ouverture. [...] Tous les moments où vous regardez sans vouloir comprendre, vous êtes en contact.

Le dialogue existe pour que nous puissions comprendre qu'il n'y a rien à comprendre, cela veut-il dire que nous n'avons pas besoin de parler ?

Absolument ! Le mot peut parfois venir, mais si vous vous réunissez avec des amis pendant deux heures sans parler, il ne manque rien. Vous quittez vos amis avec la même ouverture. Ce que l'on vous a dit, vous l'auriez tôt ou tard découvert. Pour le plaisir momentané, on peut surimposer à la tranquillité des questions et des réponses. Ce n'est pas nécessaire. Ce qui est compris ne se situe pas au niveau de la pensée ou du concept. Cette ouverture permet de rencontrer les autres, le monde ; elle ne vient pas d'un raisonnement. Le raisonnement ne peut pas vous amener à l'état d'ouverture, il est constamment un obstacle. Le dialogue n'a de valeur que s'il pointe vers cette ouverture, sinon c'est toujours une forme de distraction.

Finalement, ce que l'on dit est toujours à côté, puisque les situations de la vie ne se répètent jamais. On ne peut pas vous dire comment aborder une situation, car chaque situation est neuve. On peut seulement tendre vers cette ouverture et c'est dans cette dernière que vous allez trouver la juste actualisation. On ne peut jamais dire à quelqu'un quoi faire dans une situation. C'est un non-sens. On peut vous dire comment être ouvert à la nouveauté de la situation et, selon vos capacités, vous agirez de telle ou telle manière. Si on se fixe sur une formulation, on va tenter d'appliquer ce qui est dit à une autre situation et ce sera toujours de l'à peu près. Il n'y aura ni transposition, ni intégration. [Mais si] on oublie le concept, l'œuvre d'art, ce qui a été exprimé ; il ne reste que l'essentiel.

Avec des patients, ne pensez pas à ce que l'on a dit. Il peut arriver que, naturellement, certains éléments reviennent. Ce seront davantage des sensations. Vous vous rendrez compte des peurs, des différents éléments qui composent la situation, plutôt que de tenter de mettre en pratique telle ou telle chose qui, finalement, n'est pas essentielle. On a toujours le réflexe de vouloir comprendre et de penser que l’on a compris. Ce réflexe vient de la peur. C'est cela le début de la schizophrénie. »

Eric Baret

Extraits de
LES CROCODILES NE PENSENT PAS
Reflets du tantrisme cachemirien

(Almora)

http://vivrelibre.free.fr/textes/baret.html

03.12.2008

L'Eveil et la crise de la planète (2)

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Vimala Thakar

 

 

 

Texte de Vimala Thakar

Publié dans le magazine WIE

2ème partie et fin

 

Le choix est nôtre


La plupart d’entre nous n’avons pas conscience des mobiles qui sous-tendent nos vies ou du rang de priorité de nos actions. Nous voguons au gré des courants de la mode, adoptant ou rejetant les préoccupations de la société, soumis à ses caprices, à ses images créées soit par les media soit par un désir personnel et superficiel de devenir une personne utile ou serviable. Nous avons pris l’habitude de vivre à la surface des choses, redoutant leur profondeur ; c’est pourquoi nos actions et nos préoccupations humanitaires manquent de profondeur et telles de fragiles esquifs sont aisément endommagés. En fin de compte, la préoccupation principale, pour la plupart d’entre nous reste notre petite vie, notre goût pour les plaisirs sensuels, notre salut personnel et notre peur de la maladie et de la mort, bien plus que la misère générée par l’indifférence et l’insensibilité collectives.
Cependant, nous avons atteint le point où nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de nous abandonner à cette quête de biens et de confort personnels, ni chercher à nous évader à travers une quête religieuse, tout cela aux dépens de la collectivité. Il ne saurait y avoir d’échappatoire, de retrait, de cercle privé où nous pourrions nous retrancher en tournant le dos aux malheurs d’autrui, en disant : « Je ne suis pas responsable. Les autres ont créé ce désordre ; qu’ils apportent la solution. » Pourtant, le message pour le salut de ce monde est clair : « Apprenez à vivre ensemble, ou vous périrez par la division ! » Ce choix est nôtre.
Aujourd’hui, le monde nous oblige à accepter, au moins intellectuellement, notre unicité, notre interdépendance. De plus en plus de gens prennent conscience qu’il est urgent de faire cesser la folie tourbillonnante qui nous entoure. Et pourtant, notre façon de répondre à la complexité de ce défi reste superficielle, inadéquate. Nous ne sommes pas prêts à envisager une action – et encore moins la mettre en œuvre, si elle menace notre sécurité, ou affecte notre passivité habituelle. Continuer à vivre avec insouciance et indifférence, ne recherchant que le gain personnel et la satisfaction de nos désirs, revient à choisir le suicide pour l’espèce humaine.
Nous pouvons bien sûr, selon nos ressources propres, nous engager à fond dans l’action sociale sans jamais nous écarter d’un centimètre du centre de nos intérêts personnels ; en réalité, bien souvent l’action sociale ne fait qu’accentuer l’égocentrisme et l’égotisme. Il est impossible de s’engager dans une action sociale authentique qui s’attaque à la racine des problèmes de la société et de l’âme humaine, sans s’écarter de toute motivation égocentrique. Plongeons donc au cœur du réseau complexe de nos mobiles et découvrons où sont nos priorités. Notre désir de paix doit devenir si urgent qu’il nous amène au point où nous sommes prêts à nous libérer de cet état d’immaturité égocentrique, enfin prêts à développer la saine maturité requise pour faire face aux défis complexes qui affectent notre existence. Mais nous perdrons la clarté de l’action juste et la passion qu’inspire un dessein bien déterminé si nous cherchons la caution de l’environnement culturel dominant, voire celle de la contre-culture. Peut-être serons-nous acclamés pour notre contribution, mais sans une conscience aiguë de ce qui constitue l’essence de nos vies, sans une compréhension profonde du sens de l’existence humaine, notre travail ne pénétrera pas jusqu’aux racines de la misère humaine.
Il nous faut être d’une honnêteté intransigeante envers nous-mêmes afin de devenir responsables socialement. Où que nous soyons, nous devons résister à l’injustice, accepter de remettre courageusement en jeu notre confort, notre sécurité, notre vie même, sans plus jamais prêter la main à toute forme d’injustice ou d’exploitation. Si nous adoptons le comportement habituel de l’esclave – peur, acceptation de la tyrannie, aveuglement intellectuel et sentimental vis-à-vis de l’injustice – alors nous mériterons les inévitables conséquences qui fondront sur nous tel un sombre nuage d’orage. Naturellement, la crainte règnera si nous sommes soumis, si nous nous agrippons à notre confortable petit îlot. Si vraiment nous voulons voir notre lot de plaisirs, de confort personnel s’épanouir et grandir sans cesse, si nous sommes prêts à laisser périr tout le reste pour cela – les différents peuples de la planète, les races, les castes, les cultures, les religions, et toutes les autres créatures terrestres, alors à l’évidence nous sommes condamnés à pourrir, à nous désintégrer. Si, dans la plus grande indifférence, nous laissons les autres être maltraités, simplement pour que le cours de nos petites vies ne soit pas affecté, pour que le confort d’un joli intérieur, de repas agréables et de bons divertissements ne soit pas menacé, le résultat sera un destin tragique pour nous tous.
Lorsque nous regardons en face la réalité de la souffrance humaine à l’échelle planétaire, qu’est-ce que la confrontation à cette terrible vérité va déclencher en nous ? Allons-nous nous retrancher derrière des théories et des mécanismes de défense bien commodes, ou bien quelque chose s’éveillera-t-il au plus profond de notre être ? Prendre conscience de la souffrance sans chercher à s’en défendre, nous conduira naturellement à nous engager sur la voie de l’action. Le cœur ne peut en être témoin sans lancer un appel à l’être profond, sans mettre en route la force de l’amour. Il est possible que, sans se déployer à l’échelle mondiale ou nationale, notre action s’exprime au sein de notre communauté, dans notre voisinage immédiat – mais répondre à l’appel, agir, est un devoir. La responsabilité sociale fleurit sans contrainte lorsque notre perception du monde n’est pas obscurcie par la conscience égotiste. C’est en étant directement en phase avec cette souffrance que naît la compréhension puis l’action spontanée - mais quand nous percevons le monde à travers l’ego, nous perdons la relation directe, la communion qui vit au plus profond de notre être.



La force de L'amour est celle de la révolution totale


Il faudra bien un jour qu’une tendre compassion naisse et règne dans nos coeurs si nous voulons avoir une chance de survie ; nos vies ne seront marquées du sceau d’une véritable bénédiction que le jour où la souffrance de l’un sera profondément ressentie comme étant celle de tous. C’est la force, la dynamique de l’amour, à ce jour encore inconnue et inexplorée, qui servira de levier pour une transformation, une révolution totale.
Nous nous sommes considérablement écartés de l’amour dans le cadre de notre vie sociale, avançant dangereusement vers la destruction, la famine. Peut-être avons-nous aujourd’hui la sagesse de reconnaître que l’amour nous est aussi vital que l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons ou la nourriture que nous absorbons. L’amour est la beauté, le mystère subtil, l’âme de la vie, la pureté intacte et radieuse qui fait naître la joie spontanée, les chants d’allégresse, les poèmes, la peinture, la danse et le théâtre, pour célébrer cette indescriptible, ineffable extase de l’être. Cette force d’amour, peut-on l’amener sur les places de marché, dans les maisons, les écoles, là où les affaires se traitent, transformant ainsi complètement nos relations ? Vous pouvez dire, qu’il s’agit là d’une utopie, mais c’est la seule attitude qui ferait vraiment la différence, et qui rendrait parfaitement justice au potentiel d’êtres humains vivant le tout.
La compassion est un mouvement spontané de la conscience du tout, pas une décision raisonnée d’aider les pauvres ou d’être charitables envers les infortunés. La compassion est une formidable dynamique, qui nous porte naturellement, sans qu’il y ait choix, à l’action juste. Elle a la puissance de l’intelligence, de la créativité, et la force de l’amour. La compassion ne se cultive pas ; elle ne découle ni d’une conviction intellectuelle ni d’une réaction émotive. Elle est là, simplement, lorsque l’unité de la vie devient une réalité vécue.
La compassion ne se manifeste pas lorsque nous vivons à la surface de l’existence, ni quand nous construisons pièce par pièce une vie confortable et facile. Elle requiert une plongée vers les profondeurs, là où la réalité est l’unité et les divisions ne sont qu’illusion. Si nous demeurons à la surface, nous serons particulièrement sensibles aux différences apparentes entre les êtres humains sur le plan physique et mental, ou encore les différences de culture et de comportement. Mais si nous laissons notre regard pénétrer plus profond, alors nous découvrirons qu’il n’y a aucune différence fondamentale entre un être humain et un autre, ni même entre un être humain et n’importe laquelle des créatures vivantes. Toutes sont des manifestations de la vie, créées à partir des mêmes principes de vie, et entretenues par les mêmes fonctions biologiques. L’unité est la réalité absolue ; la différenciation, elle, est de nature transitoire et relative.
Il n’est pas suffisant que seuls quelques uns parmi nous, parviennent à cette profondeur de vie et nous communiquent de fascinants témoignages de l’unité de tous les êtres. En ces temps critiques, il est nécessaire que toute personne sensible et attentionnée fasse par elle-même la découverte du sens de l’unité, et permette au flot de la compassion de submerger sa vie. Lorsque la compassion et le réalisation de l’unité deviendront la dynamique de la relation humaine, alors l’humanité évoluera.
Nous souffrons tous à travers le monde de la noirceur de la misère que nous avons crée. Parce que nous avons cru au morcellement, au superficiel, nous n’avons pas su vivre ensemble dans la paix et l’harmonie ; les ténèbres couvrent largement notre l’horizon. Dans cette obscurité, les gens simples comme vous et moi ressentent la nécessité d’aller plus profond, d’en finir avec les approches superficielles et inadéquates de la vie ; de mettre en oeuvre l’énergie créatrice à notre portée afin d’exprimer l’unité. La vaste intelligence qui gouverne le cosmos est disponible à tous. La beauté de vivre, l’émerveillement de la vie, c’est que nous partageons cette créativité, cette intelligence, un potentiel illimité avec le reste du cosmos. Si l’univers est vaste et mystérieux, nous le sommes aussi. S’il contient d’innombrables réserves d’énergie créatrice nous les contenons aussi. S’il a des pouvoirs de guérison, nous aussi, nous les possédons. Prendre conscience que nous ne sommes pas de simples créatures physiques dans un monde de matière, mais des êtres formant un tout, chacun constituant un cosmos en miniature, relié de manière intime et profonde à la vie dans sa totalité devrait transformer radicalement la manière dont nous nous percevons, notre environnement, nos problèmes de société. Rien ne peut jamais être isolé du tout.
Un immense potentiel inexploré dort en chaque être humain. Nous ne sommes pas que de la chair et des os, ni même une accumulation de conditionnements. Si c’était le cas, notre avenir sur cette planète ne serait pas très prometteur. Mais il y a infiniment plus à découvrir de cette vie, et chaque homme qui ressent cette passion de vie et qui ose l’explorer au-delà des apparences, jusqu’aux profondeurs du mystère de la totalité, aide tous les autres à mieux percevoir ce que veut dire être profondément humain. Une révolution, une révolution radicale, implique le courage de faire l’expérience de l’impossible. Et quand un individu fait un pas dans la direction de la nouveauté, de l’impossible, l’espèce humaine toute entière voyage à travers lui.

 

 

L'Eveil et la crise de la planète (1)

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Vimala Thakar

Texte de Vimala Thakar

Publié dans le magazine WIE

1ère partie

S’éveiller à une révolution totale


En un temps où la question de la survie de l’espèce humaine est devenue une préoccupation majeure, entretenir le statu quo revient à coopérer avec l’absurde, voire à contribuer au chaos. Lorsque les ténèbres recouvrent l’esprit de l’homme il est urgent pour ceux qui se sentent concernés de s’éveiller, de s’engager sur la voie d’une révolution.
L’habileté de l’esprit humain nous a menés droit vers une crise complexe, globale et terrifiante à laquelle nous sommes maintenant confrontés. Les solutions courantes, fondées sur une perspective limitée de ce qu’est l’être humain, échouent l’une après l’autre, et se révèlent tragiquement inadaptées. Pourtant nous mobilisons d’énormes ressources au profit de solutions inadéquates, pariant sur le fait que si nous les développons sur une échelle assez grande, ces solutions caduques pourront répondre aux nouveaux défis de façon satisfaisante. Avons-nous le courage de regarder nos échecs en face et de les reléguer dans le passé ? Avons-nous la vitalité nécessaire pour aller au-delà d’une perspective étroite et conditionnée, afin de nous ouvrir à la totalité, à la plénitude ? L’appel d’aujourd’hui est un appel à dépasser les cloisonnements, à nous éveiller à une révolution totale.
Cet appel n’est pas en faveur des vieilles recettes révolutionnaires ; elles ont échoué, alors pourquoi les ressortir à nouveau, même parées d’une nouveauté factice ? Le défi d’aujourd’hui est de créer une révolution vitale et complètement nouvelle qui embrasse la vie toute entière. Nous n’avons jamais osé nous ouvrir à la plénitude de cette vie dans toute sa splendeur sacrée ; nous nous sommes contentés d’en perpétuer des fragments, d’isoler des zones dans lesquelles nous nous sentons en sécurité d’un point de vue intellectuel et à l’aise sous l’angle émotionnel. Nous aurions même pu préserver nos petits espaces privés et rassurants si nous n’avions pas, par la même occasion, causé ce terrible gâchis en tentant à toute force de fragmenter l’intégrité du cosmos en morceaux minuscules. Nous avons créé un affreux chaos et tentons de démêler une situation très complexe en combinant les remèdes les plus superficiels sans aucun souci de cohérence.
Aujourd’hui, nos existences marquées par les blessures de nos échecs, et nos esprits alourdis par la peur de l’avenir, nous ne pouvons plus poursuivre le jeu dangereux du cloisonnement. Nous ne pouvons plus écarter l’évidence du lien universel qui nous rattache les uns aux autres, égaux dans l’unité. La science et la technologie nous ont rapproché dans des relations intimes avec tous les autres. Nous sommes une seule et même famille humaine, une famille qui n’a pas encore appris à vivre en paix, à vivre libérée de la violence et de l’asservissement. C’est au début du siècle dernier que Bertrand Russell écrivait : « L’homme sait voler dans les airs comme un oiseau, il sait nager dans l’eau comme un poisson, mais il ne sait pas vivre parmi ses frères. »


Pénétrer les racines du conflit


Bien que notre survie même soit en question, nous avons tendance à n’envisager cette crise que sous un jour superficiel, sur un plan émotif et sentimental. Nous avons cherché de façon subtile à rejeter notre profonde responsabilité dans la situation de la famille humaine. Nous nous percevons, nous mêmes ou le petit groupe auquel nous nous identifions, comme des gens sincères, aimant la paix, tandis que nous rejetons sur le monde extérieur, sur les autres, sur les méchants assoiffés de pouvoir, la responsabilité des guerres et de la violence.
Mais comment pouvons-nous continuer à penser ainsi, alors que nous appartenons à des sociétés qui sont préparées à la guerre ? Cependant, c’est bien ce que nous faisons. Chaque jour, la télévision, la radio nous apprennent l’existence de nouvelles guerres, de massacres dans tel ou tel pays, et nous ressentons l’absurdité qu’il y a dans le fait même de se lancer dans une guerre ; nous nous demandons pourquoi politiciens et hommes d’Etat n’ont pas assez de bon sens pour mettre un terme à tout ce gâchis. Telle est peut-être la réaction de tout citoyen sensé. Mais qui déclare la guerre ? Où sont les racines de l’agression ? Ne les trouve-t-on que dans l’esprit d’une poignée d’individus gouvernant leurs pays respectifs ? Ou bien trouve-t-on ces racines dans les systèmes - économiques, politiques, administratifs, industriels - que nous avons créés et avons fait perdurer depuis des siècles:? Si nous ne nous perdons pas dans le romantisme et la sentimentalité, si nous ne nous contentons pas de réactions émotives pour exprimer à quel point les guerres sont affreuses, mais si nous allons plus profond, ne découvrirons-nous pas le noyau de la guerre au cœur des structures que nous avons acceptées ?
Cette découverte montrera qu’il existe des structures et des systèmes qui sont inévitablement porteurs des germes de l’agression, de l’exploitation et de la guerre. Nous avons accueilli l’agression comme mode de vie. Nous créons et nous nous retranchons derrière des structures qui aboutissent au conflit. Il est impossible de conserver les structures, et d’éviter les guerres. Vous et moi, individuellement, devons réaliser notre degré de responsabilité, comprendre comment nous coopérons avec ces systèmes et, de ce fait, participons à la violence et à la guerre. Il nous faut alors réfléchir à la question de savoir si nous pouvons cesser de collaborer avec le système, si nous pouvons cesser de participer à la guerre et explorer une manière toute différente de vivre pour nous-mêmes ?
Nous devons plonger aux racines du problème, au coeur de la psyché humaine, et reconnaître que l’action sociale collective trouve sa genèse dans l’action menée par l’individu. On ne peut pas séparer l’individu de la société. Nous sommes chacun porteur de la société lorsque nous cautionnons les valeurs défendues par elle, lorsque nous avalisons les priorités définies en notre nom par les gouvernements, les Etats, les partis politiques. Nous sommes le reflet de la collectivité, reproduisant le schéma créé pour nous, et nous sommes satisfaits parce qu’on nous donne la sécurité physique et économique, le confort, les loisirs et le divertissement. On nous a appris à être obsédés par l’idée de sécurité ; l’appréhension du lendemain nous hante bien plus que la conscience de la responsabilité d’aujourd’hui.


Au-Delà du morcellement


C’est seulement si nous avons le désir profond de regarder ces faits désagréables en face que nous pourrons avancer. Mais si nous nous laissons aller à l’apitoiement sur nous-mêmes, à la dépression, une telle attitude peut nous conduire au cynisme vis-à-vis des autres et du système. De plus, libérer une énergie si négative n’aidera en aucun cas à résoudre les problèmes. Nous devons nous en tenir aux faits tels qu’ils sont. Que cela nous plaise ou non, nous sommes les acteurs responsables de tout ce qui se passe dans le monde.
Si nous permettons à la violence de résider dans notre coeur, rien ne nous distinguera d’une personne qui veut la guerre; si, psychologiquement, nous donnons libre champ à la violence, nous devenons participants. Si nous avons réellement le désir d’en finir avec la guerre, nous allons devoir explorer en profondeur la psyché humaine, à l’endroit où la violence, l’ambition et la jalousie sont puissamment ancrées ; sinon, nous ne pourrons pas sortir de ce chaos. Un échec dans ce domaine équivaudrait à nous condamner à répéter éternellement les lamentables erreurs du passé. Nous devons nous rendre compte que l’intérieur et l’extérieur s’interpénètrent subtilement en une totalité, et que nous ne pouvons faire face à l’un sans faire face à l’autre. Structures et systèmes conditionnent notre conscience intime, tandis que les conditionnements de notre conscience donnent vie aux structures et aux systèmes. Nous ne pouvons isoler une seule facette de la relation, lui donner un aspect brillant, et ignorer le reste. La puissance des conditionnements sociaux est si fortement ancrée qu’elle ne permet pas qu’on l’ignore.
On trouve traditionnellement deux approches distinctes ; l’une prend pour perspective le domaine social, économique et politique et affirme : « Vous voyez bien qu’à moins de résoudre les problèmes économiques et politiques, il n’y aura jamais ni bonheur, ni paix, ni terme à la souffrance. Il y va de la responsabilité de chacun de s’engager à résoudre ces problèmes selon une idéologie ou une autre. Il n’est pas important de se tourner vers la vie intérieure et ses déséquilibres, ses impuretés, cela peut attendre parce qu’il s’agit d’une activité égotiste, centrée sur soi. La vraie responsabilité est vis-à-vis de la société, de l’espèce humaine : laissez donc de côté toutes ces questions de méditation, de silence, de transformation intérieure à visée révolutionnaire, tous ces raisonnements sophistiqués. Tournez-vous d’abord vers ce qui est important. » L’autre approche affirme : « on ne peut pas résoudre les problèmes politiques et économiques si on ne transforme pas radicalement l’individu. Concentrez votre attention sur votre mutation psychologique, sur une révolution intérieure radicale. Quant aux problèmes économiques ou sociaux, ils peuvent attendre. »
Classiquement, les gens suivent l’une ou l’autre de ces approches: soit les groupements religieux axés sur le développement intérieur et la révolution intérieure, soit les groupements humanitaires axés sur l’action sociale. Traditionnellement, nous avons créé des limites et l’exploration au delà de ces territoires bien connus n’a été que superficielle ; les activistes sociaux ont délimité leur terrain d’action : la vie extérieure (le socio-économique, les structures politiques), et les groupes religieux ont délimité le leur – le monde intérieur des dimensions plus vastes de la conscience, les expériences transcendantales et la méditation. Les deux groupes ont fait preuve de mépris l’un vis-à-vis de l’autre au fil de l’histoire. Les activistes considèrent les chercheurs spirituels comme des gens qui s’apitoient sur leur sort, tandis que les ‘spirituels’ accusent les activistes de se perdre dans la course à l’action, niant l’essence de la vie. Les maîtres spirituels traditionnels eux-mêmes ont divisé la vie entre ce qui appartient au monde extérieur et ce qui appartient à la spiritualité, insistant sur le fait que le monde n’est qu’illusion. « Ce monde est maya, il n’est qu’apparence » disent-ils. « Ainsi, toutes vos actions doivent-elles être reliées à la vérité suprême, non à la maya ». Ce qui implique qu’une personne dite religieuse peut rester assise en méditation dix heures par jour et n’être en rien concernée par la tyrannie, l’exploitation et la cruauté qui l’entourent. Elle n’a qu’à dire : « Je ne suis pas responsable, seul Dieu est responsable. Dieu a créé le monde. Il ou Elle n’a qu’à s’en occuper. »
Il y a bien eu quelques mélanges superficiels - on a vu des groupes religieux entreprendre des actions de service social et des activistes rejoindre des organisations religieuses - mais aucune intégration réelle qui soit profonde et innovante, de l’action sociale et du spirituel n’a pas encore eu lieu de façon significative. L’histoire du développement humain a été fragmentaire, et la majorité d’entre nous s’est accommodée de ce morcellement. La société l’a ratifié. Chaque parcelle de la société fonctionne selon ses propres échelles de valeurs. Chez beaucoup d’activistes, la colère, la haine, la violence, l’amertume et le cynisme sont des valeurs admises même si l’efficacité de telles motivations pour créer un monde de paix a été sérieusement mis en question. Et on a vu des générations de chercheurs spirituels rester complètement indifférents aux besoins des plus pauvres, parce que la recherche d’états de conscience plus élevés leur semblaient beaucoup plus importante que la misère des populations affamées.
Un nouveau défi nous attend à l’aube du vingt et unième siècle : aller au-delà de la fragmentation, au-delà des systèmes de valeurs incompatibles - même s’ils ont été élaborés par des gens sérieux ; grandir, être prêt à dépasser notre approche auto-satisfaite, nous ouvrir à la vie complètement, accueillir une complète révolution. A notre époque, être un chercheur spirituel dénué de conscience sociale est un luxe que nous ne pouvons guère nous permettre, et se dévouer à une cause sociale sans une compréhension scientifique des mécanismes du mental est pure folie. Aucune de ces approches fragmentaires n’a jamais été couronnée de succès. Nul doute qu’il faudra au chercheur spirituel faire un effort pour développer sa conscience sociale, ou à l’activiste pour se persuader de la crise morale que traverse la psyché humaine, et de l’importance de la vigilance quant à la vie intérieure. Le défi qui nous attend est de plonger encore plus profond, en tant qu’êtres humains, d’être prêts à abandonner nos partis pris et nos préférences, à étendre notre compréhension à l’échelle la plus globale, intégrant ainsi la totalité de la vie ; devenir conscients, enfin, de cette plénitude dont nous sommes une manifestation.
C’est en approfondissant notre compréhension que disparaissent les divisions arbitraires entre intérieur et extérieur. L’essence de la vie, sa beauté, sa grandeur résident dans cette totalité. Dans la réalité, la vie ne saurait être divisée entre intérieur et extérieur, l’individu et le social. Il se peut que nous créions ces divisions arbitraires pour les besoins de la vie en société, pour les besoins de l’analyse, mais sur le fond, aucune division entre intérieur et extérieur n’a de signification ni de réalité.
Nous avons accepté un cloisonnement étanche de la société, le morcellement de la vie non seulement comme un fait mais comme une nécessité. Nous vivons en relation avec ces fragments et acceptons les divisions internes - les différents rôles que nous jouons, les systèmes de valeurs contradictoires, les motivations opposées et les priorités - comme la réalité. Nous sommes dans la confusion intérieurement ; nous croyons que l’intérieur est fondamentalement différent de l’extérieur, que le ‘moi’ est tout à fait séparé de ce qui n’est pas moi, que les divisions entre individus et nations sont nécessaires ; et pourtant, nous nous demandons pourquoi il y a des tensions, des conflits et des guerres dans le monde. Les conflits naissent dans les esprits qui croient à la fragmentation et ignorent le tout.
L’approche holistique est la reconnaissance de l’homogénéité et de la plénitude de la vie. La vie n’est pas cloisonnée ; elle ne saurait être divisée entre spirituel et matériel, individuel et collectif. Nous ne pouvons créer des compartiments tels que le politique, l’économique, le social ou l’environnement. Tout ce que nous faisons - ou ne faisons pas - affecte et produit un l’effet sur le tout. Nous sommes à jamais organiquement reliés au tout. Nous sommes ce tout et nous évoluons en son sein. Le fait d’être conscients de cette unicité fondamentale nous interdit de reconnaître une quelconque séparation. C'est pourquoi cette approche holistique nous oblige à désapprendre tous les morcellements opérés au nom de la religion ou de la spiritualité, tous les cloisonnements au nom des sciences sociales, toutes les divisions au nom de la politique, toutes les séparations au nom des idéologies. Lorsque nous comprendrons la vérité, nous ne nous attacherons plus à ce qui est faux. Dès lors que nous reconnaissons le faux pour ce qu’il est, nous lui ôtons toute valeur ; nous le désapprenons au quotidien. Ce refus de toutes les formes du cloisonnement, vécu aux niveaux psychologique et psychique, est la source même d’une action sociale efficace.
Lorsque cette conscience du tout, de la plénitude, se lève en notre coeur, en même temps que la conscience de la relation de chaque être avec les autres, alors il n’est plus possible d’adopter une approche exclusive envers une partie ni de rester figés là où nous sommes. Dès que la conscience de l’ensemble est là, chaque moment devient sacré, chaque moment est sacré. Le sens de l’unité n’est plus un simple rapprochement intellectuel. Nous formerons un tout dans chacune de nos actions, pleins, naturels, sans effort particulier. Chaque action ou non-action aura ce parfum de totalité.


La liberté interieure est une responsabilité sociale


C’est à l’intérieur de nous-mêmes que trouve son origine la vision d’un monde fragmenté, d’un puzzle dont certaines pièces portent le nom d’‘ami’, d’autres celui d’‘ennemi’. Nous nous orientons sur nos territoires intérieurs comme sur ceux du monde extérieur, les qualifiant de bons ou de mauvais, et des guerres s’y déroulent tout comme à l’extérieur. Intérieurement, nous sommes divisés contre nous-mêmes ; le cœur veut une chose, l’intellect en veut une autre et les pulsions de notre corps une troisième: ainsi naît un conflit qui, bien qu’à une échelle modeste, procède de la même nature que les guerres dans le monde. Si nous ne savons pas vivre une relation à nous-mêmes en tant que tout, est-ce étonnant qu’il nous soit difficile de percevoir le monde comme un tout ? Si nous croyons que chacun d’entre nous est une sorte d’agglomérat plus ou moins disparate, fait de traits de caractère désirables et indésirables, de motivations contradictoires, de croyances mal digérées et d’idées préconçues, de peurs et d’insécurité, n’allons nous pas projeter tout cela sur le monde ?
Parce que la source du conflit humain, de l’injustice sociale et de l’exploitation réside dans la psyché humaine, c’est donc par là que nous devons commencer à transformer la société. Explorer l’esprit, la psyché humaine deviendrait alors un acte de compassion envers toute l’espèce humaine, non un but en soi ni une action égotiste. Il faut plonger à la source de la corruption de la société afin que toute nouvelle structure, tout système social né de cette investigation ait des racines suffisamment saines pour lui permettre de s’épanouir. Les structures sociales doivent changer, mais les motivations cachées et les postulats sur lesquels elles sont fondées doivent également changer. Les valeurs et les mobiles de l’action individuelle et collective qui cautionnent l’injustice et l’exploitation dans la société moderne doivent devenir le point de mire du changement, autant que la transformation des structures politiques et socio-économiques. Nous ne serons plus capables de permettre aux valeurs et aux mobiles qui sous-tendent le comportement personnel et collectif de demeurer dissimulés, non examinés. Un changement qui ne prendrait en compte qu’un remaniement superficiel des structures et des comportements, tout en préservant des fondations décadentes et malsaines, serait de courte durée.
Ceux d’entre nous qui ont dédié leur vie à l’action sociale ont considéré à ce jour que la moralité de l’individu, son éthique, ses motivations et ses habitudes s’inscrivaient dans le cadre de sa vie privée. Non seulement nous désirons cacher tout cela à l’opinion publique, mais nous désirons aussi le cacher à nos propres yeux. En vérité, la vie intérieure n’est pas un domaine personnel ou privé ; c’est le domaine du social par essence. L’esprit est le résultat d’un effort humain collectif. Il n’y a pas votre esprit d’un côté et mon esprit de l’autre ; il y a l’esprit humain. C’est un esprit humain collectif, qui s’est organisé et codifié à travers les siècles. Les valeurs, les normes, les critères sont autant de schémas de comportement organisés par la collectivité. Ils n’ont rien de personnel ou de privé. Nous pouvons fermer nos portes et avoir le sentiment que personne ne connaît nos pensées, mais ce que nous faisons dans ce temps soit disant privé affecte l’ensemble de la vie qui nous entoure. Si nous passons nos journées à nous sentir victimes de pensées et d’énergies négatives, si nous ouvrons la porte à la dépression, la mélancolie et l’amertume, ces énergies vont polluer l’atmosphère. Alors, où est donc la vie privée ? Nous avons besoin d’apprendre, au titre de notre responsabilité sociale, à regarder le mental comme un outil créé collectivement et à reconnaître que nos expressions individuelles sont des expressions de l’esprit humain.
Il est absolument nécessaire de se libérer intérieurement du passé, des formes de pensée, du mental collectif organisé, standardisé, si nous voulons nous rencontrer les uns les autres sans méfiance ni défiance, sans peur ; voir l’autre avec spontanéité, écouter l’autre sans aucune inhibition. L’étude du fonctionnement du mental et la découverte de la liberté intérieure ne sont ni une utopie, ni une attitude égotiste mais revêtent la plus haute importance pour que nous autres, êtres humains, puissions transcender les obstacles que la raideur de la pensée a dressés entre nous. Notre perception de nous-mêmes sera celle d’un être humain sans étiquette ; ni indien, ni américain, ni capitaliste ou communiste – mais un être humain, une totalité en miniature. Nous n’avons pas encore appris cela. Nous vivons ensemble sur cette petite planète, et pourtant nous ne pouvons pas vivre ensemble. Nous sommes physiquement proches les uns des autres, mais psychologiquement nous vivons à des kilomètres les uns des autres. Il est évident que l’éveil de la responsabilité sociale, dans son rapport avec la libération intérieure, est une question primordiale. Nous examinons le jeu du mental parce que nous souhaitons voir régner l’harmonie de la paix, parce que nous avons besoin de la joie de l’amour en nos cœurs, parce que nous nous soucions de la qualité de la vie que nous laisserons en héritage à nos enfants. Nous ne nous lançons pas dans une telle étude parce que nous cherchons un nouveau jouet ésotérique pour notre ego, ni même des expériences transcendantales pour satisfaire notre estime personnelle. Non, nous étudions le mental au titre de la responsabilité sociale ; nous reconnaissons que les racines de la violence, de l’injustice, de l’exploitation et de la convoitise résident dans la psyché humaine ; voilà pourquoi nous tournons le faisceau clair, lumineux et objectif de notre attention sur elles.
Nous sommes reliés organiquement, et nous devons vivre cette relation. Etre attentif aux différentes dynamiques de l’être ne revient pas à créer un réseau d’échappatoires pour éviter la responsabilité. Il ne s’agit pas de perpétuer un sens erroné de la supériorité : moi je suis sensible et pas vous. Il s’agit simplement de reconnaître que ce que nous appelons nos relations privées et collectives sont de peu d’importance, que ces relations stimulent le plus souvent la peur et l’anxiété, qu’elles nous entraînent vers la défensive. Si grand soit notre désir de paix, nous ne sommes pas encore mûrs pour la manifester, et cette immaturité affecte tout ce que nous faisons, toutes nos actions, même les plus nobles.
L’élimination du désordre intérieur se réalise chez ceux qui veulent vraiment devenir des êtres humains unifiés, créatifs pleins de vie et passionnés, et qui reconnaissent que l’anarchie intérieure et le chaos gaspillent l’énergie et se manifestent par un comportement social irresponsable et mesquin. Etre attentif requiert un immense amour de la vie. Ce n’est pas pour ceux qui choisissent de se laisser porter par la vie, ni pour ceux qui pensent que leurs actes charitables justifient leur laideur intérieure. La révolution totale que nous étudions n’est ni pour les timorés ni pour les pharisiens, mais pour ceux qui aiment la vérité plus que les faux-semblants, pour ceux qui désirent sincèrement, humblement, trouver une issue à tout ce gâchis que nous, chacun d’entre nous a contribué à créer par indifférence, par négligence ou par absence de courage moral.

 

 

(à suivre...)

29.11.2008

La transformation de la conscience (vidéo)

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Cette vidéo d'Eckhart Tolle, doublée en français, a circulé un moment sur le net puis a disparu pour d'obscures histoires de droits d'auteur. Elle réapparaît, finalement, pour le plus grand bonheur des chercheurs sincères...

140 minutes d'un enseignement d'une grande valeur sont présentées ici en 14 séquences de 10 mn chacune. Bonne écoute!

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21.11.2008

Il n'y a pas d'agissant individuel (2)

 

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Ramesh Balsekar

2ème partie et fin

RB: Alors pourquoi l’être humain n’exerce-t-il pas le contrôle sur chacune des actions qu’il produit? Je vais vous poser une question. L’être humain a, de toute évidence, beaucoup d’intelligence, tellement d’intelligence qu’un minable humain a été capable d’envoyer un homme sur la lune.

WIE: Oui, c’est vrai.


RB:Et il a aussi l’intelligence de savoir que s’il fait certaines choses, les conséquences seront terribles. Il a l’intelligence de savoir que s’il produit des armes nucléaires ou chimiques, les gens vont les utiliser et de terribles choses vont arriver au monde. Il en a l’intelligence alors, si le libre-arbitre existe, pourquoi le fait il? Pourquoi a-t-il réduit le monde à ce qu’il est, s’il a un libre-arbitre ?

WIE: J’admets, que la situation que vous décrivez est évidemment insensée. Mais je dirai que cela est dû au fait que les gens sont faibles. Et je suis persuadé que les gens peuvent changer s’ils le veulent – si cela compte pour eux.


RB:Alors pourquoi ne le font-ils pas?

WIE:Il y a des gens qui changent, mais comme je l’ai dit, malheureusement, il semble que la plupart des gens ont trop peu de volonté. Avoir du libre-arbitre ne garantit pas que nous allons agir intelligemment. Comme dans l’exemple que vous venez de donner, il est clair que les gens choisissent souvent de faire des choses très destructrices.


RB:Si vous êtes en train de dire que nous avons la libre volonté de détruire le monde, cela veut dire que nous détruisons le monde parce que nous le voulons - en sachant très bien que le monde va être détruit ! Le libre-arbitre signifie que nous voulons le faire.

WIE: Je pense que le problème est plutôt que les gens ne prennent pas en compte les conséquences de leurs actions. Souvent ils ne pensent qu’à eux-mêmes, sans considérer où leurs actions pourraient aboutir.


RB:Mais l’être humain est formidablement intelligent. Pourquoi ne pensent-ils pas? Ma réponse est qu’ils ne sont pas censés le faire !

WIE: Quand vous dites « pas censés le faire », que voulez-vous dire?


RB:Ce n’est pas la volonté de Dieu que les humains pensent dans ces termes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que les êtres humains soient parfaits. La différence entre le sage et la personne ordinaire est que le sage accepte ce qui est comme volonté de Dieu, mais - et ceci est important - cela ne l’empêche pas de faire ce qu’il pense doit être fait. Et ce qu’il pense doit être fait dépend de sa programmation.

WIE: Mais pourquoi le sage « ferait-il ce qu’il pense doit être fait » si, comme vous l’avez déjà expliqué, il sait que ce n’est pas lui qui pense en premier lieu.


RB:Vous voulez savoir comment une action se produit ? La réponse est que l'énergie dans cet organisme corps-esprit produit une action correspondant à sa programmation.

WIE: Alors l’action, comme vous le décrivez, ne fait que passer à travers la personne.


RB:Elle se déroule, oui. L’action se produit. C’est exactement ce que je suis en train de dire - pour revenir aux paroles du Bouddha « les événements arrivent, les actions se font. »

WIE: Cependant de ce que je sais des paroles du Bouddha est qu’il affirmait toujours que l’individu était personnellement responsable de ses actes. N’est-ce pas la base de tout son enseignement sur le karma, sur la loi de cause à effet ?


RB:Pas le Bouddha !

WIE: Mon impression est que le Bouddha enseignait beaucoup la notion «d’action juste ». Il semblait très concerné par ce que faisaient les gens et insistait pour que les gens fournissent l’effort nécessaire pour changer.


RB:Ceci est une interprétation postérieure du Bouddhisme. Les paroles du Bouddha sont très claires. Qui contrôle ce qui se passe ? Dieu est celui qui contrôle ! Comme nous l’avons vu, ceci est à la base de toute religion. Et pourtant, pourquoi y a-t-il des guerres de religions, si la base de toutes les religions est la même ? Ce sont les interprétations qui sont la cause de ces guerres ! Et comment tout cela pourrait-il arriver si ce n’est par la volonté de Dieu ?

WIE: Il est clair que vous pensez que tout ce que nous faisons est par la volonté de Dieu. Mais il me semble que cela n’a vraiment du sens que chez l’individu qui est arrivé à la fin de son chemin spirituel - qui est arrivé à la fin de l’ego - parce que les actions d’une telle personne ne sont pas égocentriques et par cela ne sauraient être une distorsion de la volonté de Dieu. Mais tant qu’il n’est pas arrivé à cet état, si un individu agit mal envers un autre, ce peut être par réaction compulsive parce qu’il est égoïste. Si ce que vous dites est vrai cela peut être utilisé comme justification pour tout comportement déplaisant ou agressif. On pourra simplement dire, « Tout est la volonté de Dieu. Ça n’a aucune importance ! »


RB:Je sais, mais c’est la vérité. Votre vraie question est : « Pourquoi Dieu a-t-il crée le monde tel qu’il est ? » Mais voyez-vous, un être humain n’est qu’un objet créé qui fait partie de la totalité de la manifestation issue de la Source. Alors ma réponse est : un objet créé ne peut jamais connaître son créateur ! Je vais vous donner une métaphore. Imaginons que vous peignez un tableau, et dans ce tableau, vous peignez un personnage. Puis ce personnage veut savoir, premièrement, pourquoi en tant que peintre, avez-vous choisi de peindre ce tableau-là et deuxièmement, pourquoi vous avez rendu votre personnage si laid ! Vous voyez, comment est-ce possible qu’un objet créé connaisse un jour la volonté de son propre créateur ? Cependant, à mon avis, cela ne vous empêche pas de faire ce que vous croyez devoir faire ! Accepter que rien ne se fait sans la volonté de Dieu n’empêche personne de faire ce qu’il croit devoir faire. Que peut-on faire d’autre ?

WIE: Si l’on suit cette façon de raisonner, comme je le disais, ce serait assez facile d’arriver à la conclusion, « Et bien, tout est la volonté de Dieu ; rien de ce qui arrive n’a d’importance » et ensuite simplement de tout laisser tomber.


RB:Vous voulez dire, « Pourquoi ne resterai-je pas au lit toute la journée? »

WIE: Oui, pourquoi faire quelque effort que ce soit ?


RB:La réponse à cette question est que l’énergie contenue dans cet organisme corps-esprit ne lui permettra pas de rester inactif longtemps. L’énergie va continuer à produire de l’action, physique ou mentale, à chaque fraction de seconde, suivant la programmation de l’organisme corps-esprit en question et aussi selon sa destinée, qui est la volonté de Dieu. Mais cela ne vous empêche pas, vous qui pensez toujours être un individu, de faire ce que vous pensez devoir faire. Donc, ce que je suis en train de dire c’est que ce que vous croyez devoir faire dans n’importe quelle situation à n’importe quel moment, est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire ! En conclusion, l’acceptation de la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Vous comprenez ? En fait, vous ne pouvez pas vous en empêcher !

WIE: J’ai lu dans une brochure écrite par plusieurs de vos élèves quelque chose qui semble pertinent à ce sujet : « Ce que vous aimez ne peut être que ce que Dieu veut que vous aimiez. Rien ne peut arriver si ce n’est par Sa volonté. » Le texte dit aussi : « Ne vous sentez pas coupable, même en cas d’adultère. Vous qui êtes la Source êtes toujours pur. »


RB:C’est ce qu’a dit Ramana Maharshi.

WIE: La Source sera peut-être toujours pure, mais encore une fois, il me semble que cette conception peut être comprise comme donnant le droit d’agir sans conscience. Vous pourriez dire, « Cela n’a aucune importance, si je commets l’adultère, aucune importance si je fais du mal à mes amis, parce que ces actions sont tout simplement arrivées». On pourrait prendre cela facilement comme la permission d’agir selon son désir, juste parce qu’il m’arrive d’avoir ce désir.


RB:Mais n’est-ce pas ce qui arrive ?

WIE: Certainement, cela arrive, mais…


RB:Voulez-vous dire qu’il en arrivera davantage ?

WIE: Cela pourrait facilement arriver plus. Je pourrais dire, « Et bien, ce que je fais n’a aucune importance maintenant. Je ne devrai pas prendre la peine de me retenir si je ressens un désir ». Vous comprenez ce que je veux dire ?


RB:D’habitude on me pose la question : « Si ce n’est pas vraiment moi qui agis réellement qu’est-ce qui m’empêche de prendre une mitrailleuse et de tuer une vingtaine de personnes ? » C’est bien votre question, n’est-ce pas ?

WIE: Oui mais c’est un exemple un peu extrême !


RB:Oui, prenons un exemple extrême !

WIE: Mais je trouve l’exemple de l’adultère plus intéressant, parce que la plupart des gens ne voudraient pas vraiment faire quelque chose d’aussi extrême que d’aller mitrailler les autres.


RB:Soit. C’est la même chose si nous parlons d’adultère. J’ai lu que les psychologues et les biologistes ont conclu en se fondant sur leurs recherches, que si vous trompez votre femme, vous ne devez pas vous sentir coupables. De plus en plus, le scientifique arrive à la même conclusion que le mystique, toute action trouve son origine dans la programmation.

WIE: Je peux comprendre que dans certains cas c’est peut-être vrai, mais admettons, par exemple, que j’ai cette pulsion de commettre un adultère. Je pourrais donc dire, « Cela doit être la volonté de Dieu que je le fasse, alors j’y vais » - ou bien, je pourrais me retenir et ne pas causer un tas de souffrance à mes amis. Est-ce que ça ne serait pas mieux de me retenir ?


RB:Alors qui vous empêche de vous retenir ? Faites ce que vous voulez ! Qu’est-ce qui vous empêche de vous retenir ? Retenez-vous donc !

WIE: Je pense que c’est mieux de faire ainsi !


RB:C’est aussi mon point de vue.

WIE: Mais d’après vous, je pourrais tout simplement dire « Ce doit être la volonté de Dieu parce que je ressens ce désir. » et ensuite ne pas me retenir


RB:Vous dites que vous savez que vous devriez vous retenir - alors pourquoi ne vous retenez vous pas ? Si un organisme corps-esprit est programmé pour ne pas tromper sa femme, il ne le fera pas quoi qu’on lui dise. Si vous avez été programmé pour ne pas lever la main sur un autre, est-ce que vous allez commencer à tuer des gens ? Maintenant, si on passe une loi qui vous donne le droit de battre votre femme sans qu’il y ait de poursuites, allez-vous commencer à la battre ? Seulement si l’organisme corps-esprit a été programmé pour le faire, et dans ce cas, il le fait déjà. Alors comme j’ai dit, accepter la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Faites le ! Faites exactement ce que vous pensez devoir faire !

WIE: Finalement, comment pouvons-nous dire que nous savons que c’est le destin ou la volonté de Dieu ? Tout ce que nous savons c¹est que certains événements se déroulent. Plus tard, nous pouvons rétrospectivement dire que tel événement est, « tout simplement arrivé, » et si nous le voulons nous pouvons appeler cela le destin. Mais ne serait-il pas plus juste de dire que nous ne savons pas vraiment si c’est le destin ou non ? Dire que nous ne savons pas est différent de dire « Nous savons que c’est la volonté de Dieu. » C’est, différent de dire que nous savons que tout est fixé d’avance. Voyez-vous, il me semble que vous dites que vous savez pour de bon que tout est la volonté de Dieu.


RB:Nous ne le savons pas et ça c’est le fondement ; alors si vous voulez, vous pouvez laisser tomber le concept de destin et dire que personne ne peut réellement rien savoir. Très bien ! Le concept de destin n’est pas nécessaire. Après tout, si vous acceptez que tout ce qui arrive est hors de votre contrôle, qui sera là pour se préoccuper du destin ?

WIE: Comme beaucoup de gens viennent à vous pour entendre vos conseils au sujet de leur chemin spirituel, je voudrais vous demander quelle valeur donnez-vous (s’il en est une) à la pratique spirituelle en tant que moyen d’atteindre l’éveil ?


RB:Si une sadhana (pratique spirituelle) est nécessaire, l’organisme corps-esprit est programmé pour faire une sadhana.

WIE: En d’autres termes, si cela arrive, cela arrive ?


RB:C’est exact. Parfois les gens me demandent, « Si rien n’est en mon pouvoir, est-ce que je dois méditer ou non ? » Ma réponse est très simple. Si vous aimez méditer, alors méditez, si vous n’aimez pas méditer, ne vous forcez pas.

WIE: Est-ce que la recherche spirituelle est un obstacle à l’éveil ?


RB:Oui, la quête spirituelle est le plus grand obstacle à cause de celui qui cherche. C’est le chercheur qui est l’obstacle - pas le fait de chercher ; la quête se fait d’elle-même. La quête se fait d’elle-même parce que l’organisme corps-esprit est programmé pour chercher ce qu’il cherche. Alors si la recherche de l’éveil se fait, c’est que l’organisme corps-esprit a été programmé pour cette quête. L’obstacle est le chercheur qui dit : « Je veux l’éveil. »

WIE: Comment se fait-il que beaucoup de grands sages ont parlé de l’importance de la quête ? Ramana Maharshi a dit que celui qui cherche doit désirer l’éveil autant qu’un homme qui se noie désir respirer - avec ce niveau de concentration et de sincérité là.


RB:Bien sûr. Cela veut dire qu’il faut ce genre d’intensité dans la recherche. Mais il a aussi dit : « Si vous voulez faire un effort, vous devez faire un effort ; si le destin ne l’a pas prévu, l’effort ne se fera pas ». C’est ce que Ramana Maharshi a dit. Alors vous voyez, que l’on cherche ou que l’on ne cherche pas, c’est hors de votre contrôle. Ni la recherche de Dieu, ni celle de l’argent n’est à votre crédit ou de votre faute.

WIE: Vous avez écrit dans un de vos livres qu’on est déjà arrivé à une compréhension bien profonde quand on peut dire, « Cela m’est égal que l’éveil advienne dans cet organisme corps-esprit ou non ».


RB:C’est juste. Quand il arrive à ce stade, cela veut dire que le chercheur n’est plus présent. C’est très proche de l’éveil parce que s’il n’y a plus personne pour s’en soucier, il n’y a plus de personne qui cherche.

WIE: Mais est-ce que le résultat ne pourrait pas être une indifférence incroyablement profonde - ce qui n’est pas l’éveil.


RB:Cela pourrait mener à l’éveil !

WIE: J’ai encore une question. Vous dites souvent que nous devrions « juste accepter ce qui est ».


RB:Oui, s’il vous est possible de le faire - et cela est hors de votre contrôle !

ÉPILOGUE

Comme je passai devant le gardien en trébuchant, me trouvant dans les rues animées de Bombay, mon esprit était pris dans un tourbillon. Tout en me frayant un chemin à travers la foule, je me demandai comment il était possible qu’un homme intelligent et éduqué comme Ramesh Balsekar, put réellement croire que tout est prédestiné, que même avant notre naissance, notre destin est déjà gravé dans une sorte de granite éthéré ? Peut-il vraiment être sérieux quand il insiste sur le fait que notre vie entière, avec son flot incessant de choix, de décisions et d’opportunités hasardeuses qui dirigent le cours de notre vie pour le meilleur ou pour le pire, n’est en fait, depuis le premier souffle, qu’un fait accompli? En traversant le trottoir à la recherche d’un café pour me réfugier du chaos, les tournants difficiles de notre court dialogue tourbillonnaient dans ma tête. Oui, « que Ta volonté soit faite » est l’essence de la plupart des religions, pensai-je, mais pour les grands mystiques et sages qui ont énoncé de telles paroles à travers l’histoire, la soumission à la volonté de Dieu signifiait beaucoup plus que la simple acceptation qu’il n’y a rien que personne puisse faire pour changer les circonstances de sa vie. Bien sûr traditionnellement la « volonté de Dieu » est ce que l’on nomme ce que l’on découvre une fois que l’ego a été complètement abandonné, une fois que toutes les motivations égoïstes ont été éteintes, ne laissant qu’un être complètement soumis à la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ! Que Jésus, ou Ramakrishna, ou Ramana Maharshi disent être soumis à la volonté de Dieu est une chose. Mais dire que c’est vrai pour tout le monde me semblait, à ce moment, être le reflet d’une forme de folie particulière et même dangereuse - une forme qui pouvait être utilisée pour justifier les comportements les plus extrêmes. La phrase de Balsekar, « Ce que vous pensez devoir faire dans n’importe quelle situation est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire » signifie qu’un éveillé comme le Bouddha n’exprime guère plus la volonté de Dieu qu’un meurtrier en série s’attaquant à sa prochaine victime.
J’étais arrivé à cet entretien avec le pressentiment que nous aurions un certain désaccord, mais même les livres de Balsekar – dans lesquels toutes ses idées sont clairement exprimées et répétées - ne m’avaient pas préparé à la rencontre avec l’homme lui-même. Comment avait-il pu concocter tout cela, me demandais-je. Et pourquoi ? Mes pensées tournaient en rond. Je me remémorais tout ; depuis sa terrifiante revendication que même si nous blessons quelqu’un n’étant pas responsables de nos actions nous n’étions pas coupables, que même « Hitler n’était qu’un instrument à travers lequel les événements horribles qui devaient arriver sont arrivés » ; jusqu’à sa prétention, en dépit de tout bon sens, que nous n’avons pas le pouvoir de contrôler nos comportements ni d’influencer le comportement d’autrui. Et tout cela dans une description qui tient de la science-fiction des êtres humains comme « organismes corps-esprit » qui agissent uniquement selon leur « programmation ».
Soudain je vis à travers le brouillard l’enseigne accueillante d’un salon de thé. Entrant dans ce lieu, j’étais soulagé d’y trouver la sorte de calme oasis que j’espérais. C’était là, à une des nombreuses tables vides, alors que la première gorgée de thé au lait douceâtre passait mes lèvres, que je compris tout en un éclair. Je ne buvais pas de thé ! Je n’étais pas assis à cette table ! En fait, je n’étais pas celui qui était entré dans ce salon de thé. Et je n’étais pas celui qui venait de passer une heure à se tourmenter en discussion avec un homme qui à présent commençait à m’apparaître comme le seul être raisonnable. En fait, ce n’avait jamais été moi qui agissais. C’était comme si un fardeau que j’avais porté toute ma vie avait tout d’un coup été soulevé par un ballon d’air chaud, balayé pour ne plus jamais revenir. Toutes ces années, je m’étais battu pour devenir un être humain meilleur, plus honnête et plus généreux - tous ces efforts que pour renoncer à mes tendances égoïstes et agressives, à mon sentiment de supériorité – tout cela n’avait été que pure folie, et bêtise inutile fondées sur l’idée égocentrique que j’avais quelque contrôle sur ma propre destinée, et sur la présupposition ridicule que ce que j’avais fait subir aux «autres » avait une quelconque importance. Comment pouvais-je m’être autant égaré ? Mais attendez, ce n’était même pas moi qui m’étais égaré ! Soudain, comme lorsque les nuages s’ouvrent, je pouvais voir clairement que, ce que j’avais considéré comme « ma vie », n’étais en fait qu’un processus mécanique. La personne que je pensais être n’était qu’une machine. Et le monde dans lequel je pensais vivre n’était pas, comme je le croyais, d’une complexité humaine, mais d’une simplicité mécanique, d’un ordre parfait, un déroulement mathématique de programmes mis en mouvement au commencement des temps.
Alors que la perfection clinique du plan scientifique de Dieu se révélait à moi, un frisson extatique de liberté absolue – être libre de tout soucis, de soin pour les autres, d’obligation, de culpabilité ! – se mit à parcourir mes veines comme un torrent libéré de ses barrages. Cela s’accompagnait d’une immense paix qui m’enveloppa, et de la cessation absolue de toute tension, dans cette reconnaissance que, quelle que soit l’apparente ambiguïté ou le sentiment d’insécurité que je pourrais rencontrer, dorénavant je pourrais rester assuré que quelles que soient les décisions difficiles auxquelles j’aurais à faire face, le choix que je ferais serait exactement celui que Dieu voudrait. La sensation mystérieuse d’un Inconnu qui me tiraillait depuis si longtemps s’était évaporée. J’éclatais de rire, un long rire guttural qui fit tourner la tête des clients du salon de thé, et je me dis quel jeu fantastique serait la vie si tout le monde comprenait comment tout cela fonctionne vraiment, si tout le monde pouvait au moins entrevoir un bref instant combien nous serions libres, si nous vivions tous sur la Planète Advaita.

Il n'y a pas d'agissant individuel (1)

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Entretien avec Ramesh Balsekar
pour le compte du magazine WIE


1ère partie


WIE: Vous êtes de plus en plus connu comme enseignant de l’Advaita Védanta, en Inde comme en occident. Pouvez- vous nous décrire ce que vous enseignez ?

RAMESH BALSEKAR: Je peux le dire en une phrase, vraiment. La seule phrase sur laquelle est fondé tout mon enseignement : « Que ta Volonté soit faite». Ou comme le disent les Musulmans, « Inch Allah » ­ « S’il plaît à Dieu ». Ou bien, en paroles du Bouddha : « Les événements arrivent, les actions sont faites, il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit ». Voyez vous, le conflit de base dans la vie est : « Tout ce que je fais est bien, donc je veux ma récompense ; lui ou elle fait toujours quelque chose de mal et devrait être puni. » C’est de cela qu’il est question dans la vie, n’est-ce pas ? W

WIE: C’est vrai que cela arrive certainement très souvent.


RB: Voilà la base de ce que j’ai observé. Tout le problème de ce que quelqu’un dit, « Moi, j’ai fait quelque chose et je mérite une récompense, ou lui, il a fait quelque chose et donc je veux le punir pour cela ».

WIE: Comment amenez vous les gens à cette idée :« il n’y a pas d’agissant individuel/d’individu qui agit »?


RB: C’est très simple. Analysez n’importe quelle action que vous considérez comme votre action, vous allez trouver que c’est la réaction du cerveau à un événement extérieur sur lequel vous n’avez aucun contrôle. Une pensée arrive - vous n’avez aucun contrôle sur quelle pensée va arriver. Une chose est vue ou entendue - vous n’avez aucun contrôle sur ce que vous allez voir ou entendre par la suite. Tous ces événements, sur lesquels vous n’avez aucun contrôle, arrivent. Et ensuite que se passe-t-il ? Le cerveau réagit à la pensée ou à la chose qui a été vue, entendue, goûtée, sentie ou touchée. La réaction du cerveau est ce que vous appelez « votre action ». Mais en fait, ce n’est simplement qu’un concept.

WIE: Alors quelle est la différence entre les pensées, sentiments et actions d¹une personne éveillée et celles d¹une personne non éveillée ?


RB:Il se passe la même chose. La seule différence est que dans le cas du sage, il comprend que les choses se passent ainsi. Et donc il sait que rien n’est fait par lui ­ simplement tout arrive. Le sage sait que «ce n’est pas moi qui agis». Mais une personne ordinaire va dire, « je fais ceci ou il ou elle fait cela. Donc je veux ma récompense et je veux qu’il ou elle soit puni ». La récompense ou la punition dépend de l’idée que moi, lui ou elle agissons.

WIE: D’après ma propre expérience, je peux comprendre que nous n’avons aucun contrôle sur quelle pensée où quelle émotion va surgir. Mais parfois une action s’ensuit et parfois non, et il me semble qu’il y a une très grande différence entre la simple émergence d’une pensée et une action qui affecte une autre personne.


RB:L’action est le résultat de la réaction du cerveau à la pensée. S’il arrive que la pensée a simplement été témoignée et le cerveau ne réagit pas à la pensée, alors il n’y a pas d’action.

WIE: Mais si, comme vous dites, il n’y a personne qui décide comment réagir, alors quelle est la cause qui fait que l’action se produit ou non ?


RB:Une action arrive si c’est la volonté de Dieu que cette action se passe. Si ce n’est pas la volonté de Dieu, l’action ne se fait pas.

WIE: Est ce que vous êtes en train de dire que chaque action qui se fait est la volonté de Dieu ?


RB:Oui ­ c’est la volonté de Dieu.

WIE: Agissant à travers une personne ?


RB:À travers une personne, oui.

WIE: Qu’elle soit éveillée ou non ? Autrement dit, à travers tous ?


RB:C’est juste. La seule différence, comme je le disais, c’est que l’homme ordinaire pense, « cette action est mienne », alors que le sage sait que l’action n’appartient à personne. Le sage sait que « les actes sont faits, les événements arrivent, mais il n’y a pas d’agissant individuel ». C’est l’unique différence pour ce qui me concerne. À la différence du sage, la personne ordinaire croit que les actes qui arrivent à travers cet organisme corps-esprit est le fait de l’individu, voilà la seule différence. Donc comme le sage sait qu’aucune action n’est de son fait, s’il arrive qu’une action blesse quelqu’un, il fera tout ce qu’il peut pour aider la personne blessée mais il n’y aura aucun sentiment de culpabilité.

WIE: Voulez-vous dire que si un individu agit de manière à finalement faire du mal à un autre, alors la personne qui a agi, ou comme vous dites cet « organisme corps-esprit» n’est pas responsable ?


RB:Ce que je suis en train de dire c’est que vous savez que « je » ne l’ai pas fait. Je ne dis pas que je ne suis pas désolé d’avoir fait du mal a quelqu’un. Le fait que quelqu’un a été blessé produira un sentiment de compassion et cette compassion me conduira à tout essayer pour soulager la douleur. Mais il n’y aura pas de sentiment de culpabilité : Ce n’est pas moi qui ai agi ! L’autre aspect de cela, c’est que lorsqu’il arrive une action que la société loue et pour laquelle elle me récompense, je ne dis pas que cela ne provoquera pas un sentiment de bonheur. C’est juste que la compassion émerge en conséquence d’une peine, de la même façon qu’une sensation de satisfaction ou de bonheur émerge en conséquence d’une récompense. Mais il n’y aura pas de fierté.

WIE: Mais voulez-vous dire que littéralement si je frappe quelqu’un, ce n’est pas moi qui agis ? Je veux juste clarifier ce point.


RB:La réalité de base, le concept de base reste inchangé : vous frappez quelqu’un. Après s’ajoute le concept que tout ce qui arrive est la volonté de Dieu, et en référence à chaque organisme corps-esprit la volonté de Dieu est le destin de chaque organisme corps-esprit.

WIE: Je pourrais donc dire, « C’était la volonté de Dieu que j’agisse ainsi; ce n’est pas ma faute. »


RB:Bien sûr. Une action se passe parce que tel est le destin de l’organisme corps-esprit qui agit, et parce que telle est la volonté de Dieu. Et les conséquences de cette action sont aussi le destin de l’organisme corps-esprit. Si une bonne action se produit, c’est le destin. Par exemple nous avions une Mère Teresa. L’organisme corps-esprit appelé « Mère Teresa » était programmé de telle façon qu’il ne faisait que de bonnes actions. Alors le déroulement de ces bonnes actions était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et les conséquences furent un Prix Nobel, des récompenses, des prix et des donations pour ses oeuvres. Tout cela était le destin de l’organisme corps-esprit appelé Mère Teresa. Et à l’opposé, il existera un organisme psychopathe, programmé par la même source de façon à ce qu’il n’en émerge que du mal ou de la perversion. L’accomplissement de ses actions perverses et mauvaises est le destin de l’organisme corps-esprit que la société appellera psychopathe. Mais le psychopathe n’a pas choisi d’être psychopathe. En fait il n’y a pas de psychopathe ; il n’y a qu’un organisme corps-esprit psychopathe dont le destin est de commettre des actes malsains et pervers. Et les conséquences de ces actes sont aussi le destin de cet organisme corps-esprit là.

WIE: Est ce que vous dites que tout est prédestiné ? Que tout est préprogrammé depuis la naissance ?


RB:Oui. J’utilise le terme « programmer » pour faire référence aux caractéristiques inhérentes à l’organisme corps-esprit. Pour moi «programmer » signifie : les gènes plus le conditionnement par l’environnement. Vous n’aviez pas le choix des parents particuliers qui vous ont fait naître, et donc vous n’aviez pas le choix de vos gènes. Pareillement, vous n’aviez pas le choix de l’environnement spécifique de votre naissance. Donc vous n’avez pas le choix de vos conditionnements d’enfant reçu dans cet environnement, cela comprend le conditionnement à la maison, dans la société, à l’école, et à l’église. Les psychologues disent que notre conditionnement de base nous l’avons reçu en totalité avant l’âge de trois ou quatre ans. Il y en aura d’autres, mais le conditionnement de base qui crée la personnalité est composé des gènes plus le conditionnement de l’environnement. J’appelle cela programmation. Chaque organisme corps-esprit est programmé d’une façon unique. Il n’y en a pas deux pareil.

WIE: Oui, mais n’est-il pas vrai que deux personnes avec des programmations très semblables, pourront cependant se développer l’un et l’autre de manière très différente ?


RB:C’est juste. C’est pour cela que j’utilise deux expressions : l’une est programmation en soi des organismes corps-esprit ; et l’autre est destin. Le destin est la volonté de Dieu par rapport à un organisme corps-esprit particulier, gravé au moment de la conception. Le destin d’une conception peut être de ne pas naître du tout - dans ce cas, il y a avortement. Tout cela est un concept, ne vous y trompez pas. C’est mon concept.

WIE: Vous dites que c’est un concept et bien sûr, toute parole est concept, mais comment savoir si ce concept représente la vérité ? J’ai tendance à penser que chacun a sa responsabilité individuelle et bien qu’il y ait un certain degré de conditionnement dont nous héritons, nous pouvons toujours choisir comment nous réagissons. Un individu peut transcender des aspects de son conditionnement dans lesquels un autre restera bloqué toute sa vie. Comme cela se passe ainsi, je dirai que cela est dû à la volonté de l’individu de transcender son conditionnement et d’y réussir.


RB:Mais si cela se passe, cela peut-il arriver sans la volonté de Dieu ? Prenons deux personnes : l’une essaie de surmonter son handicap et y arrive ; l’autre n’y arrive pas. Je dirais que s’il y en a un qui y arrive et l’autre qui échoue, c’est à cause du destin de chacun des deux organismes corps-esprit - par la volonté de Dieu.

WIE: Mais ne pourrions-nous pas tout autant dire que c’est la volonté de Dieu de donner à chaque individu le libre-arbitre de ses décisions ?


RB:Non. Voyez vous, je vous pose la question suivante : Quelle volonté à l’avantage ? Celle de l’individu ou celle de Dieu ? D’après votre propre expérience, jusqu’à quel point le libre-arbitre l’emporte?

WIE: Enfin je trouve que la volonté individuelle peut clairement l’emporter par moments.


RB:Sur la volonté de Dieu ? Si vous voulez quelque chose et vous travaillez pour l’obtenir et l’obtenez, si cela se passe c’est que votre volonté coïncide avec la volonté de Dieu.

WIE: Prenons l’exemple d’un individu qui devient un drogué et qui le reste toute sa vie. On pourrait très bien soutenir qu’il a choisi d’aller contre la volonté de Dieu et y est arrivé - justement parce qu’existe le libre-arbitre.


RB:Mais que vous l’acceptiez ou non est en soi la volonté de Dieu, comprenez-vous ? Que vous acceptez la volonté de Dieu ou que vous n’acceptez pas la volonté de Dieu, est en soi la volonté de Dieu !

WIE: Dire que tout est préprogrammé, que tout est destin et que le choix n’existe pas, ressemble à une forme extrême de réductionnisme. Dans cette perspective, les êtres humains sont comme des ordinateurs ; tout ce qui nous concerne est déjà totalement fixé.


RB:Oui, c’est exactement ainsi.

WIE:Mais pour moi dans cette vision, il manque le coeur humain. Nous ne serions alors que des machines – les choses ne font que nous arriver. Il n’y a rien que nous puissions faire, rien que nous puissions changer.


RB:Exactement, oui !

WIE: Mais cela peut mener à une profonde indifférence à la vie.


RB:Oui, et si cela était le cas, ce serait merveilleux !

WIE: Vraiment ! Merveilleux ?


RB:Mais c’est le but ! Bien sûr. Ainsi vous pouvez dire que tout ce qui arrive est accepté. Alors il n’y a plus de malheur ; il n’y a plus de misères, plus de culpabilité, plus d’orgueil, plus de haine, plus de jalousie. Qu’y a-t-il de mal à cela ? Et comme je vous l’ai déjà dit les actions se font à travers l’organisme corps-esprit, et si l’individu découvre qu’une action a blessé quelqu’un, la compassion survient.

WIE: Mais ça ne vous paraît pas un peu étrange d’aller blesser quelqu’un et d’avoir de la compassion pour cette personne après coup ? Ne serait-ce pas mieux de ne pas faire du mal en premier lieu ?


RB:Mais vous n’avez aucun contrôle sur cela ! Si vous pouviez-le contrôler, vous ne le feriez pas.

WIE: Mais si on croit avoir le contrôle, plutôt que de croire qu’on ne l’a pas, on pourrait choisir de ne pas le faire !

(à suivre...)

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