21.11.2008

Il n'y a pas d'agissant individuel (2)

 

balsekar.jpg

Ramesh Balsekar

2ème partie et fin

RB: Alors pourquoi l’être humain n’exerce-t-il pas le contrôle sur chacune des actions qu’il produit? Je vais vous poser une question. L’être humain a, de toute évidence, beaucoup d’intelligence, tellement d’intelligence qu’un minable humain a été capable d’envoyer un homme sur la lune.

WIE: Oui, c’est vrai.


RB:Et il a aussi l’intelligence de savoir que s’il fait certaines choses, les conséquences seront terribles. Il a l’intelligence de savoir que s’il produit des armes nucléaires ou chimiques, les gens vont les utiliser et de terribles choses vont arriver au monde. Il en a l’intelligence alors, si le libre-arbitre existe, pourquoi le fait il? Pourquoi a-t-il réduit le monde à ce qu’il est, s’il a un libre-arbitre ?

WIE: J’admets, que la situation que vous décrivez est évidemment insensée. Mais je dirai que cela est dû au fait que les gens sont faibles. Et je suis persuadé que les gens peuvent changer s’ils le veulent – si cela compte pour eux.


RB:Alors pourquoi ne le font-ils pas?

WIE:Il y a des gens qui changent, mais comme je l’ai dit, malheureusement, il semble que la plupart des gens ont trop peu de volonté. Avoir du libre-arbitre ne garantit pas que nous allons agir intelligemment. Comme dans l’exemple que vous venez de donner, il est clair que les gens choisissent souvent de faire des choses très destructrices.


RB:Si vous êtes en train de dire que nous avons la libre volonté de détruire le monde, cela veut dire que nous détruisons le monde parce que nous le voulons - en sachant très bien que le monde va être détruit ! Le libre-arbitre signifie que nous voulons le faire.

WIE: Je pense que le problème est plutôt que les gens ne prennent pas en compte les conséquences de leurs actions. Souvent ils ne pensent qu’à eux-mêmes, sans considérer où leurs actions pourraient aboutir.


RB:Mais l’être humain est formidablement intelligent. Pourquoi ne pensent-ils pas? Ma réponse est qu’ils ne sont pas censés le faire !

WIE: Quand vous dites « pas censés le faire », que voulez-vous dire?


RB:Ce n’est pas la volonté de Dieu que les humains pensent dans ces termes. Ce n’est pas la volonté de Dieu que les êtres humains soient parfaits. La différence entre le sage et la personne ordinaire est que le sage accepte ce qui est comme volonté de Dieu, mais - et ceci est important - cela ne l’empêche pas de faire ce qu’il pense doit être fait. Et ce qu’il pense doit être fait dépend de sa programmation.

WIE: Mais pourquoi le sage « ferait-il ce qu’il pense doit être fait » si, comme vous l’avez déjà expliqué, il sait que ce n’est pas lui qui pense en premier lieu.


RB:Vous voulez savoir comment une action se produit ? La réponse est que l'énergie dans cet organisme corps-esprit produit une action correspondant à sa programmation.

WIE: Alors l’action, comme vous le décrivez, ne fait que passer à travers la personne.


RB:Elle se déroule, oui. L’action se produit. C’est exactement ce que je suis en train de dire - pour revenir aux paroles du Bouddha « les événements arrivent, les actions se font. »

WIE: Cependant de ce que je sais des paroles du Bouddha est qu’il affirmait toujours que l’individu était personnellement responsable de ses actes. N’est-ce pas la base de tout son enseignement sur le karma, sur la loi de cause à effet ?


RB:Pas le Bouddha !

WIE: Mon impression est que le Bouddha enseignait beaucoup la notion «d’action juste ». Il semblait très concerné par ce que faisaient les gens et insistait pour que les gens fournissent l’effort nécessaire pour changer.


RB:Ceci est une interprétation postérieure du Bouddhisme. Les paroles du Bouddha sont très claires. Qui contrôle ce qui se passe ? Dieu est celui qui contrôle ! Comme nous l’avons vu, ceci est à la base de toute religion. Et pourtant, pourquoi y a-t-il des guerres de religions, si la base de toutes les religions est la même ? Ce sont les interprétations qui sont la cause de ces guerres ! Et comment tout cela pourrait-il arriver si ce n’est par la volonté de Dieu ?

WIE: Il est clair que vous pensez que tout ce que nous faisons est par la volonté de Dieu. Mais il me semble que cela n’a vraiment du sens que chez l’individu qui est arrivé à la fin de son chemin spirituel - qui est arrivé à la fin de l’ego - parce que les actions d’une telle personne ne sont pas égocentriques et par cela ne sauraient être une distorsion de la volonté de Dieu. Mais tant qu’il n’est pas arrivé à cet état, si un individu agit mal envers un autre, ce peut être par réaction compulsive parce qu’il est égoïste. Si ce que vous dites est vrai cela peut être utilisé comme justification pour tout comportement déplaisant ou agressif. On pourra simplement dire, « Tout est la volonté de Dieu. Ça n’a aucune importance ! »


RB:Je sais, mais c’est la vérité. Votre vraie question est : « Pourquoi Dieu a-t-il crée le monde tel qu’il est ? » Mais voyez-vous, un être humain n’est qu’un objet créé qui fait partie de la totalité de la manifestation issue de la Source. Alors ma réponse est : un objet créé ne peut jamais connaître son créateur ! Je vais vous donner une métaphore. Imaginons que vous peignez un tableau, et dans ce tableau, vous peignez un personnage. Puis ce personnage veut savoir, premièrement, pourquoi en tant que peintre, avez-vous choisi de peindre ce tableau-là et deuxièmement, pourquoi vous avez rendu votre personnage si laid ! Vous voyez, comment est-ce possible qu’un objet créé connaisse un jour la volonté de son propre créateur ? Cependant, à mon avis, cela ne vous empêche pas de faire ce que vous croyez devoir faire ! Accepter que rien ne se fait sans la volonté de Dieu n’empêche personne de faire ce qu’il croit devoir faire. Que peut-on faire d’autre ?

WIE: Si l’on suit cette façon de raisonner, comme je le disais, ce serait assez facile d’arriver à la conclusion, « Et bien, tout est la volonté de Dieu ; rien de ce qui arrive n’a d’importance » et ensuite simplement de tout laisser tomber.


RB:Vous voulez dire, « Pourquoi ne resterai-je pas au lit toute la journée? »

WIE: Oui, pourquoi faire quelque effort que ce soit ?


RB:La réponse à cette question est que l’énergie contenue dans cet organisme corps-esprit ne lui permettra pas de rester inactif longtemps. L’énergie va continuer à produire de l’action, physique ou mentale, à chaque fraction de seconde, suivant la programmation de l’organisme corps-esprit en question et aussi selon sa destinée, qui est la volonté de Dieu. Mais cela ne vous empêche pas, vous qui pensez toujours être un individu, de faire ce que vous pensez devoir faire. Donc, ce que je suis en train de dire c’est que ce que vous croyez devoir faire dans n’importe quelle situation à n’importe quel moment, est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire ! En conclusion, l’acceptation de la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Vous comprenez ? En fait, vous ne pouvez pas vous en empêcher !

WIE: J’ai lu dans une brochure écrite par plusieurs de vos élèves quelque chose qui semble pertinent à ce sujet : « Ce que vous aimez ne peut être que ce que Dieu veut que vous aimiez. Rien ne peut arriver si ce n’est par Sa volonté. » Le texte dit aussi : « Ne vous sentez pas coupable, même en cas d’adultère. Vous qui êtes la Source êtes toujours pur. »


RB:C’est ce qu’a dit Ramana Maharshi.

WIE: La Source sera peut-être toujours pure, mais encore une fois, il me semble que cette conception peut être comprise comme donnant le droit d’agir sans conscience. Vous pourriez dire, « Cela n’a aucune importance, si je commets l’adultère, aucune importance si je fais du mal à mes amis, parce que ces actions sont tout simplement arrivées». On pourrait prendre cela facilement comme la permission d’agir selon son désir, juste parce qu’il m’arrive d’avoir ce désir.


RB:Mais n’est-ce pas ce qui arrive ?

WIE: Certainement, cela arrive, mais…


RB:Voulez-vous dire qu’il en arrivera davantage ?

WIE: Cela pourrait facilement arriver plus. Je pourrais dire, « Et bien, ce que je fais n’a aucune importance maintenant. Je ne devrai pas prendre la peine de me retenir si je ressens un désir ». Vous comprenez ce que je veux dire ?


RB:D’habitude on me pose la question : « Si ce n’est pas vraiment moi qui agis réellement qu’est-ce qui m’empêche de prendre une mitrailleuse et de tuer une vingtaine de personnes ? » C’est bien votre question, n’est-ce pas ?

WIE: Oui mais c’est un exemple un peu extrême !


RB:Oui, prenons un exemple extrême !

WIE: Mais je trouve l’exemple de l’adultère plus intéressant, parce que la plupart des gens ne voudraient pas vraiment faire quelque chose d’aussi extrême que d’aller mitrailler les autres.


RB:Soit. C’est la même chose si nous parlons d’adultère. J’ai lu que les psychologues et les biologistes ont conclu en se fondant sur leurs recherches, que si vous trompez votre femme, vous ne devez pas vous sentir coupables. De plus en plus, le scientifique arrive à la même conclusion que le mystique, toute action trouve son origine dans la programmation.

WIE: Je peux comprendre que dans certains cas c’est peut-être vrai, mais admettons, par exemple, que j’ai cette pulsion de commettre un adultère. Je pourrais donc dire, « Cela doit être la volonté de Dieu que je le fasse, alors j’y vais » - ou bien, je pourrais me retenir et ne pas causer un tas de souffrance à mes amis. Est-ce que ça ne serait pas mieux de me retenir ?


RB:Alors qui vous empêche de vous retenir ? Faites ce que vous voulez ! Qu’est-ce qui vous empêche de vous retenir ? Retenez-vous donc !

WIE: Je pense que c’est mieux de faire ainsi !


RB:C’est aussi mon point de vue.

WIE: Mais d’après vous, je pourrais tout simplement dire « Ce doit être la volonté de Dieu parce que je ressens ce désir. » et ensuite ne pas me retenir


RB:Vous dites que vous savez que vous devriez vous retenir - alors pourquoi ne vous retenez vous pas ? Si un organisme corps-esprit est programmé pour ne pas tromper sa femme, il ne le fera pas quoi qu’on lui dise. Si vous avez été programmé pour ne pas lever la main sur un autre, est-ce que vous allez commencer à tuer des gens ? Maintenant, si on passe une loi qui vous donne le droit de battre votre femme sans qu’il y ait de poursuites, allez-vous commencer à la battre ? Seulement si l’organisme corps-esprit a été programmé pour le faire, et dans ce cas, il le fait déjà. Alors comme j’ai dit, accepter la volonté de Dieu ne vous empêche pas de faire ce que vous pensez devoir faire. Faites le ! Faites exactement ce que vous pensez devoir faire !

WIE: Finalement, comment pouvons-nous dire que nous savons que c’est le destin ou la volonté de Dieu ? Tout ce que nous savons c¹est que certains événements se déroulent. Plus tard, nous pouvons rétrospectivement dire que tel événement est, « tout simplement arrivé, » et si nous le voulons nous pouvons appeler cela le destin. Mais ne serait-il pas plus juste de dire que nous ne savons pas vraiment si c’est le destin ou non ? Dire que nous ne savons pas est différent de dire « Nous savons que c’est la volonté de Dieu. » C’est, différent de dire que nous savons que tout est fixé d’avance. Voyez-vous, il me semble que vous dites que vous savez pour de bon que tout est la volonté de Dieu.


RB:Nous ne le savons pas et ça c’est le fondement ; alors si vous voulez, vous pouvez laisser tomber le concept de destin et dire que personne ne peut réellement rien savoir. Très bien ! Le concept de destin n’est pas nécessaire. Après tout, si vous acceptez que tout ce qui arrive est hors de votre contrôle, qui sera là pour se préoccuper du destin ?

WIE: Comme beaucoup de gens viennent à vous pour entendre vos conseils au sujet de leur chemin spirituel, je voudrais vous demander quelle valeur donnez-vous (s’il en est une) à la pratique spirituelle en tant que moyen d’atteindre l’éveil ?


RB:Si une sadhana (pratique spirituelle) est nécessaire, l’organisme corps-esprit est programmé pour faire une sadhana.

WIE: En d’autres termes, si cela arrive, cela arrive ?


RB:C’est exact. Parfois les gens me demandent, « Si rien n’est en mon pouvoir, est-ce que je dois méditer ou non ? » Ma réponse est très simple. Si vous aimez méditer, alors méditez, si vous n’aimez pas méditer, ne vous forcez pas.

WIE: Est-ce que la recherche spirituelle est un obstacle à l’éveil ?


RB:Oui, la quête spirituelle est le plus grand obstacle à cause de celui qui cherche. C’est le chercheur qui est l’obstacle - pas le fait de chercher ; la quête se fait d’elle-même. La quête se fait d’elle-même parce que l’organisme corps-esprit est programmé pour chercher ce qu’il cherche. Alors si la recherche de l’éveil se fait, c’est que l’organisme corps-esprit a été programmé pour cette quête. L’obstacle est le chercheur qui dit : « Je veux l’éveil. »

WIE: Comment se fait-il que beaucoup de grands sages ont parlé de l’importance de la quête ? Ramana Maharshi a dit que celui qui cherche doit désirer l’éveil autant qu’un homme qui se noie désir respirer - avec ce niveau de concentration et de sincérité là.


RB:Bien sûr. Cela veut dire qu’il faut ce genre d’intensité dans la recherche. Mais il a aussi dit : « Si vous voulez faire un effort, vous devez faire un effort ; si le destin ne l’a pas prévu, l’effort ne se fera pas ». C’est ce que Ramana Maharshi a dit. Alors vous voyez, que l’on cherche ou que l’on ne cherche pas, c’est hors de votre contrôle. Ni la recherche de Dieu, ni celle de l’argent n’est à votre crédit ou de votre faute.

WIE: Vous avez écrit dans un de vos livres qu’on est déjà arrivé à une compréhension bien profonde quand on peut dire, « Cela m’est égal que l’éveil advienne dans cet organisme corps-esprit ou non ».


RB:C’est juste. Quand il arrive à ce stade, cela veut dire que le chercheur n’est plus présent. C’est très proche de l’éveil parce que s’il n’y a plus personne pour s’en soucier, il n’y a plus de personne qui cherche.

WIE: Mais est-ce que le résultat ne pourrait pas être une indifférence incroyablement profonde - ce qui n’est pas l’éveil.


RB:Cela pourrait mener à l’éveil !

WIE: J’ai encore une question. Vous dites souvent que nous devrions « juste accepter ce qui est ».


RB:Oui, s’il vous est possible de le faire - et cela est hors de votre contrôle !

ÉPILOGUE

Comme je passai devant le gardien en trébuchant, me trouvant dans les rues animées de Bombay, mon esprit était pris dans un tourbillon. Tout en me frayant un chemin à travers la foule, je me demandai comment il était possible qu’un homme intelligent et éduqué comme Ramesh Balsekar, put réellement croire que tout est prédestiné, que même avant notre naissance, notre destin est déjà gravé dans une sorte de granite éthéré ? Peut-il vraiment être sérieux quand il insiste sur le fait que notre vie entière, avec son flot incessant de choix, de décisions et d’opportunités hasardeuses qui dirigent le cours de notre vie pour le meilleur ou pour le pire, n’est en fait, depuis le premier souffle, qu’un fait accompli? En traversant le trottoir à la recherche d’un café pour me réfugier du chaos, les tournants difficiles de notre court dialogue tourbillonnaient dans ma tête. Oui, « que Ta volonté soit faite » est l’essence de la plupart des religions, pensai-je, mais pour les grands mystiques et sages qui ont énoncé de telles paroles à travers l’histoire, la soumission à la volonté de Dieu signifiait beaucoup plus que la simple acceptation qu’il n’y a rien que personne puisse faire pour changer les circonstances de sa vie. Bien sûr traditionnellement la « volonté de Dieu » est ce que l’on nomme ce que l’on découvre une fois que l’ego a été complètement abandonné, une fois que toutes les motivations égoïstes ont été éteintes, ne laissant qu’un être complètement soumis à la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ! Que Jésus, ou Ramakrishna, ou Ramana Maharshi disent être soumis à la volonté de Dieu est une chose. Mais dire que c’est vrai pour tout le monde me semblait, à ce moment, être le reflet d’une forme de folie particulière et même dangereuse - une forme qui pouvait être utilisée pour justifier les comportements les plus extrêmes. La phrase de Balsekar, « Ce que vous pensez devoir faire dans n’importe quelle situation est précisément ce que Dieu veut que vous pensiez devoir faire » signifie qu’un éveillé comme le Bouddha n’exprime guère plus la volonté de Dieu qu’un meurtrier en série s’attaquant à sa prochaine victime.
J’étais arrivé à cet entretien avec le pressentiment que nous aurions un certain désaccord, mais même les livres de Balsekar – dans lesquels toutes ses idées sont clairement exprimées et répétées - ne m’avaient pas préparé à la rencontre avec l’homme lui-même. Comment avait-il pu concocter tout cela, me demandais-je. Et pourquoi ? Mes pensées tournaient en rond. Je me remémorais tout ; depuis sa terrifiante revendication que même si nous blessons quelqu’un n’étant pas responsables de nos actions nous n’étions pas coupables, que même « Hitler n’était qu’un instrument à travers lequel les événements horribles qui devaient arriver sont arrivés » ; jusqu’à sa prétention, en dépit de tout bon sens, que nous n’avons pas le pouvoir de contrôler nos comportements ni d’influencer le comportement d’autrui. Et tout cela dans une description qui tient de la science-fiction des êtres humains comme « organismes corps-esprit » qui agissent uniquement selon leur « programmation ».
Soudain je vis à travers le brouillard l’enseigne accueillante d’un salon de thé. Entrant dans ce lieu, j’étais soulagé d’y trouver la sorte de calme oasis que j’espérais. C’était là, à une des nombreuses tables vides, alors que la première gorgée de thé au lait douceâtre passait mes lèvres, que je compris tout en un éclair. Je ne buvais pas de thé ! Je n’étais pas assis à cette table ! En fait, je n’étais pas celui qui était entré dans ce salon de thé. Et je n’étais pas celui qui venait de passer une heure à se tourmenter en discussion avec un homme qui à présent commençait à m’apparaître comme le seul être raisonnable. En fait, ce n’avait jamais été moi qui agissais. C’était comme si un fardeau que j’avais porté toute ma vie avait tout d’un coup été soulevé par un ballon d’air chaud, balayé pour ne plus jamais revenir. Toutes ces années, je m’étais battu pour devenir un être humain meilleur, plus honnête et plus généreux - tous ces efforts que pour renoncer à mes tendances égoïstes et agressives, à mon sentiment de supériorité – tout cela n’avait été que pure folie, et bêtise inutile fondées sur l’idée égocentrique que j’avais quelque contrôle sur ma propre destinée, et sur la présupposition ridicule que ce que j’avais fait subir aux «autres » avait une quelconque importance. Comment pouvais-je m’être autant égaré ? Mais attendez, ce n’était même pas moi qui m’étais égaré ! Soudain, comme lorsque les nuages s’ouvrent, je pouvais voir clairement que, ce que j’avais considéré comme « ma vie », n’étais en fait qu’un processus mécanique. La personne que je pensais être n’était qu’une machine. Et le monde dans lequel je pensais vivre n’était pas, comme je le croyais, d’une complexité humaine, mais d’une simplicité mécanique, d’un ordre parfait, un déroulement mathématique de programmes mis en mouvement au commencement des temps.
Alors que la perfection clinique du plan scientifique de Dieu se révélait à moi, un frisson extatique de liberté absolue – être libre de tout soucis, de soin pour les autres, d’obligation, de culpabilité ! – se mit à parcourir mes veines comme un torrent libéré de ses barrages. Cela s’accompagnait d’une immense paix qui m’enveloppa, et de la cessation absolue de toute tension, dans cette reconnaissance que, quelle que soit l’apparente ambiguïté ou le sentiment d’insécurité que je pourrais rencontrer, dorénavant je pourrais rester assuré que quelles que soient les décisions difficiles auxquelles j’aurais à faire face, le choix que je ferais serait exactement celui que Dieu voudrait. La sensation mystérieuse d’un Inconnu qui me tiraillait depuis si longtemps s’était évaporée. J’éclatais de rire, un long rire guttural qui fit tourner la tête des clients du salon de thé, et je me dis quel jeu fantastique serait la vie si tout le monde comprenait comment tout cela fonctionne vraiment, si tout le monde pouvait au moins entrevoir un bref instant combien nous serions libres, si nous vivions tous sur la Planète Advaita.

03.05.2008

Dieu

261359865.jpg

Douglas Harding 

Il m’est difficile de croire en Dieu. Surtout en un Dieu orthodoxe tel qu’on Le représente ou, disons, en Dieu tel que Le conçoivent la plupart des gens raisonnables. Voilà pourquoi :

1 – Il est indétectable. Il semble qu’Il soit répandu partout, un peu comme la Gravité ou une sorte de Gaz Sacré. Il est partout en général et nulle part en particulier. Ce qui fait qu’il est difficile de le trouver, de mettre le doigt sur Lui.

2 – De même, il semble qu’Il soit intemporel, répandu à travers toute l’histoire, sans date précise. Ce qui fait qu’il est difficile de le situer dans le temps, de prendre rendez-vous avec Lui.

3 – Et, bien sûr, Il est absolument invisible. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus difficile de Le prendre au sérieux, Lui, que les gens et les choses qui m’entourent – difficile de le prendre au sérieux tout court.

4 – Tout ceci renforce la croyance (si ancrée qu’elle va sans dire) qu’Il est pur Esprit et donc sans corps. Et « Il n’a pas de corps » devient si facilement « Il n’est personne » !

5 – « Sans corps » signifie forcément « sans cerveau », et « sans cerveau » signifie généralement « sans mental ». Une conclusion que les sages contemporains comme Ramana, Nisargadatta et D.T. Suzuki (sans parler des psychologues behavioristes J.B. Watson et B.F. Skinner) confirment lorsqu’ils me disent que le problème avec mon mental c’est que je crois en avoir un, ou en être un. A quoi j’ajouterais que Dieu ne va certainement pas s’encombrer d’un fardeau dont je peux moi-même me libérer. Alors, comment puis-je éviter de conclure qu’Il n’a pas plus de mental qu’Il n’a de corps ? Ou peut-être serait-il plus prudent de dire que Son mental, s’il existe, doit être tellement différent du mien qu’on devrait lui donner un autre nom ? Ce qui concrètement suffit pour confirmer Son irréalité, du moins pour moi.

6 – Je trouve aussi difficile de croire en un Dieu impersonnel, si différent de moi qu’Il est inimaginable, que de croire en un Dieu personnel, si semblable à moi qu’Il n’est que trop imaginable et manifestement une projection, un anthropomorphe. Dans les deux cas, je suis agnostique.

7 – Et je trouve aussi difficile de croire en un Dieu sans pitié et sans amour qui, à cet égard du moins, serait inférieur à moi que de croire en un Dieu plein d’amour qui apparemment fait si peu pour alléger les souffrances des innocents. D’une façon ou d’une autre, à nouveau, je suis agnostique.

Eh bien, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais voilà les raisons pour lesquelles je doute de l’existence de Dieu. Elles constituent un solide dossier. Est-il surprenant que le monde moderne n’ait que faire de Lui ?

Abandonnant Dieu suis-je alors un incrédule abandonné par Dieu, un athée, même contre mon gré ? Me suis-je vraiment débarrassé de Lui ? Sera-t-Il pour toujours en tête de ma liste de Personnes Disparues ?

Le doute subsiste : peut-être n’est-Il pas du tout comme cela ? Peut-être ce portrait-robot provisoire est-il faux du début à la fin ? Peut-être même m’amène-t-il à découvrir ce qu’Il n’est pas !

Voyons donc. Prenons un par un les sept points responsables de mon agnosticisme et passons-les au crible d’un examen minutieux.

Lire la suite

24.03.2008

Réalité en quarante versets

 

1297073099.jpg

 Ramana Maharshi

 

Invocation


1/ S’il n’y avait pas le fait d’être, comment pourrait-il
s’élever des pensées sur la notion d’être ? Puisque ce qui est,
est libre de concepts mentaux et se trouve à l’intérieur de
nous-même, qui est là pour le contempler ? On l’appelle le
Coeur. Sache que de demeurer à l’intérieur de soi-même en
tant qu’être, c’est le contempler.


2/ Ceux qui redoutent la mort cherchent refuge au pied
du « Seigneur suprême », qui est sans naissance ni mort, dans
le but de subjuguer leur peur. Alors ils meurent à eux mêmes
en perdant leurs ajouts (le sens du je et du mien). Ceux qui
ont réalisé le Soi, qui sont devenus immortels, peuvent-ils
encore entretenir la pensée de la mort ?


Texte


1/ Puisque nous percevons le monde, nous devons
admettre unanimement qu’il y a un pouvoir qui est capable
de devenir multiple. Lors de la projection d’un film, l’image
représentant les noms et les formes, celui qui la regarde, le
tissu duquel est fait l’écran et la lumière qui l’illumine, sont
tous un.


2/ Tout système de pensée postule trois principes :
l’individu, Dieu et le monde. Seulement l’un apparaît en
tant que trois. C’est uniquement aussi longtemps que le sens
de l’ego demeure qu’on peut dire que les trois sont réellement
trois. La meilleure chose à faire est de renoncer au sens de
l’ego et de demeurer en son état véritable.


3/ Le monde est réel... non, c’est une fausse apparence!
Le monde est doué de sensibilité... non, il ne l’est pas! Quel
est l’intérêt de telles controverses ? L’état est agréable à tous
dans lequel, ignorant le monde, on se connaît soi-même,
abandonnant à la fois unité et dualité avec un sens de l’ego
disparu.


4/ Si quelqu’un a une forme, le monde et Dieu auront
aussi des formes. Si quelqu’un n’a pas de forme, qui y a-t-il
pour percevoir leurs formes (au monde et à Dieu) et
comment ? Est-ce que quelque chose peut être vu sans l’oeil ?
Le véritable oeil est le Soi qui est l’oeil de l’infini.


5/ Le corps est de la forme des cinq enveloppes. Y a-t-il
un monde en l’absence du corps ? Est-ce que quelqu’un a
déjà vu le monde sans le corps ?


6/ Le monde est de la forme des cinq sortes de sens et
rien d’autre. Comme c’est le mental qui perçoit le monde
par l’intermédiaire de ces cinq organes de perception, y a-til
un monde indépendamment du mental ? Réponds moi.


7/ Bien que le monde et sa prise de conscience s’élèvent
et disparaissent simultanément, le monde n’est perçu qu’à
l’état de veille. Ce en quoi le monde et sa prise de conscience
s’élèvent et disparaissent est la Plénitude (purnam) qui brille
sans début ni fin.


8/ Sous quelque forme que l’on rende un culte à celui
qui n’a ni nom ni forme, c’est seulement un moyen de le
percevoir. Connaître la vérité de soi-même comme étant la
réalité et s’immerger et devenir un avec elle est la seule vraie
perception ; comprends cela !


9/ Les chiffres deux et trois ont pour référence le chiffre
un ; si quelqu’un scrute son mental à la recherche de cet un,
ils disparaissent. Sache que ceux qui ont vu cela ont vu la
réalité, sache qu’ils n’auront plus de doutes.


10/ Il n’y a pas de connaissance sans ignorance ni
d’ignorance sans connaissance. Qui a cette connaissance et
cette ignorance ? Cette connaissance qui connaît le Soi, la
base des deux, est réelle connaissance.


11/ N’est-ce pas de l’ignorance que de tout connaître
sans connaître le Soi, la source de la connaissance ? Quand le
Soi, qui est la base de la connaissance et des objets de
connaissance (relative), est connu, l’ignorance et la
connaissance cessent d’exister.


12/ Ce qui n’est ni connaissance ni ignorance est (réelle)
connaissance. La connaissance des objets ne peut pas être
réelle connaissance. Le Soi qui brille sans qu’il n’y ait rien
d’autre à connaître où à être connu est connaissance. Sache
que cela n’est pas le néant.


13/ Le Soi qui est connaissance est seul la vérité. La
connaissance de la multiplicité est ignorance. Cette
ignorance, qui est irréelle, n’a pas d’existence
indépendamment du Soi, qui est connaissance. Est-ce que
divers ornements en or ont une réalité autre que de l’or dont
ils sont faits ?


14/ Si la première personne existe, les deuxième et
troisième personnes vont aussi exister. Si la réalité de la
première personne est recherchée et que son existence n’est
pas trouvée, les deuxième et troisième personnes ne pourront
subsister et tout brillera comme l’un. Cela est notre vraie
nature.


15/ Le passé et le futur ont pour référence le présent ;
ils sont aussi présents en leur temps (quand ils sont en cours).
En fait, il n’y a que le présent. Ne pas connaître cette vérité,
c’est comme essayer de compter sans le nombre un.


16/ Quand nous les observons, que sont le temps et
l’espace indépendamment de nous ? Si nous sommes le corps,
nous sommes pris dans le temps et l’espace, mais le sommes
nous? Nous sommes le même maintenant, ici, là et à tout
moment. Nous existons, au-delà du temps et de l’espace, nous
qui sommes seulement.


17/ Pour ceux qui n’ont pas réalisé le Soi, aussi bien que
pour ceux qui l’ont réalisé, le corps est le « je ». Pour ceux qui
n’ont pas réalisé le Soi, le « je » est limité au corps, tandis que
pour ceux qui ont réalisé le Soi de leur vivant, le « Je » brille
sans limite. Telle est la différence entre eux.


18/ Le monde est réel pour ceux qui ont réalisé le Soi
comme pour ceux qui ne l’ont pas réalisé. Pour ceux qui ne
l’ont pas réalisé, le monde est simplement le monde, tandis
que pour ceux qui l’ont réalisé, la vérité sans forme brille
comme le substrat du monde. Telle est la différence entre
eux.


19/ La controverse qui oppose destinée et libre arbitre
n’intéresse que ceux qui ne connaissent pas la source des deux.
Ceux qui ont réalisé le Soi, le support des deux, en sont libérés.
Feront-ils encore appel à eux ?


20/ Voir Dieu sans voir le Soi n’est qu’une image mentale.
Seul celui qui s’est vu lui-même a vu Dieu puisqu’il a perdu
son individualité et que rien ne reste excepté Dieu.


21/ Si la question est posée : Quelle est la signification
des textes anciens qui disent que de se voir soi-même, c’est
voir Dieu ?. La réponse est la contre question : Comment,
n’étant qu’un, peut-on se voir soi-même ? Et si on ne peut
pas se voir soi-même, comment peut-on voir Dieu ?
Seulement en étant absorbé par lui.


22/ Comment est-ce possible pour le mental de
connaître le Seigneur qui lui fournit sa propre lumière, si ce
n’est qu’en se tournant vers l’intérieur pour se fondre en Lui ?


23/ Ce corps ne dit pas « je » ; personne ne dit : « Je
n’existais pas durant le sommeil ». Une fois que le « je » s’élève,
tout s’élève. Cherche avec un mental affûté d’où ce « je » s’élève.


24/ Le corps inerte ne dit pas « je ». La conscience d’être
ne s’élève ni ne disparaît. Entre les deux, dans les limites du
corps, quelque chose émerge en tant que « je ». C’est ce qui
est décrit comme le noeud (granthi) entre la conscience et
l’inerte et qui est aussi nommé servitude, être individuel, corps
subtil, ego, samsara et mental. Sache ceci.


25/ S’attachant à une forme, ce fantôme qu’est l’ego,
apparaît, se nourrit, grossit et persiste à être présent. Dès qu’il
quitte une forme, il s’attache à une autre ; mais si on le
recherche, il disparaît. Sache ceci.


26/ Si l’ego existe, toute autre chose existe, s’il n’existe
pas, rien d’autre n’existe. Ainsi, la recherche de sa nonexistence
signifie abandonner toute chose (dans le mental).
Sache ceci.


27/ L’état dans lequel le « je » ne s’élève pas est l’état
d’être. Sans rechercher d’où s’élève le « je », comment peuton
obtenir l’extinction de soi-même qui se caractérise par
la non émergence du « je » ? Et sans effectuer cette extinction,
comment peut-on demeurer dans son état véritable dans
lequel on est « Cela « ? Réponds-moi.


28/ De la même manière que quelqu’un plongerait dans
l’eau pour récupérer un objet, on devrait plonger
profondément en nous- même, parole et respiration retenues
et trouver l’endroit d’où la pensée « je » s’élève. Sache ceci.


29/ Chercher la source du « je », le mental tourné à
l’intérieur, sans prononcer le mot « je », est le vrai chemin de
la Sagesse. Méditer sur « Je ne suis pas ceci » n’est qu’une aide
auxiliaire, mais ne constitue pas l’investigation.


30/ Quand le mental tourné vers l’intérieur demande
« Qui suis-je ? » et atteint le Coeur, le « je » (l’ego) tombe
abattu et le Soi unique apparaît de façon évidente en tant
que « Je-Je ». Bien qu’il semble apparaître, ce n’est pas l’ego,
c’est le tout, le Soi réel éternellement présent.


31/ Pour celui qui s’est détruit (l’ego) et s’est ouvert à sa
nature de béatitude, que reste-t-il à accomplir ? Il ne voit
rien comme étant autre que lui-même. Qui peut comprendre
son état ?


32/ Bien que les Ecritures proclament « Cela tu es »,
c’est un signe de faiblesse que de méditer « Je ne suis pas
ceci, mais cela », au lieu de rechercher ce que l’on est et de le
demeurer, car on est toujours Cela.


33/ Il est absurde de dire aussi bien « Je n’ai pas réalisé
le Soi » que « J’ai réalisé le Soi ». Pourquoi ? Y aurait-il deux
Soi dont l’un serait l’objet de l’autre ? L’expérience de chacun
est que le Soi (Je suis) est un.


34/ Dû à l’illusion, née de l’ignorance, les hommes
controversent : cela est-il ou n’est-il pas ?, cela a-t-il une forme
ou n’en a-t-il pas ? Au lieu de réaliser ce qui de tout temps est
la nature de chacun, qui brille dans le Coeur, et de demeurer
en tant que Cela .


35/ Réaliser le Soi qui est toujours présent et demeurer
en tant que Cela est le véritable accomplissement. Tous les
autres accomplissements sont comme ceux qui apparaissent
en rêve ; sont-ils réels quand on se réveille ? Ceux qui se sont
débarrassés de l’illusion et sont établis dans leur état véritable
peuvent-ils encore être trompés ?


36/ Si nous pensons « je suis le corps », la pensée « non,
je suis Cela » nous aidera à demeurer en tant que Cela, mais
devons-nous toujours penser d’une telle manière ? Un
homme pense-t-il continuellement qu’il est un homme ? Nous
sommes simplement Cela.


37/ Le précepte « dualité durant la recherche et non
dualité, le but atteint » est faux. Que sommes-nous sinon le
dixième homme, à la fois durant la recherche anxieuse de
nous-même et après avoir réalisé le Soi.


38/ Aussi longtemps que nous avons le sentiment d’être
l’auteur de nos actions, nous en récoltons les fruits (bons ou
mauvais) ; mais lorsque, grâce à l’enquête « Qui est l’auteur ? »
(Acteur), on arrive à se connaître soi-même, le sens d’être
l’auteur se perd et l’on devient libre des trois formes de karmas
(sanchita, agami et prarabdha). L’état de libération qui en
résulte est éternel.


39/ Aussi longtemps que la pensée « Je suis lié » persiste,
les pensées de servitude et de libération demeurent. Lorsqu’on
recherche « Qui est lié ? », le Soi, éternellement présent, seul
demeure. Si la pensée de servitude disparaît, comment celle
de libération pourrait- elle subsister ?


40/ S’il est controversé que la libération est de trois
sortes : avec forme, sans forme et avec et sans forme, nous
dirons que la libération est la destruction de l’ego qui discute
si cela est avec forme, sans forme et avec et sans forme.

Collected Works (Version française - zip)

04.02.2008

De l'Extinction

Tandis que l'ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l'enthousiasme annihilant, et que l'adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d'esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l'Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l'invisible et ne les connaît ni "connaisseur", ni "désirant", ni "adorateur", comme ne les perçoit ni "confié à Dieu", ni "ascète"! L'ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l'enthousiasme pour abolir le chagrin, l'adorateur fait du zèle dans l'espoir d'accéder à la "proximité", le connaisseur sage vise par sa force d'esprit l' "arrivée", mais la Vérité ne se dévoile qu'à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu'à son nom! La connaissance est voile sur le Connu, et la sagesse une porte auprès de laquelle on s'arrête; de même tous les autres modes spirituels sont des "moyens" comme les "lettres"; et toutes ces choses ne sont que "faiblesses" qui aveuglent les regards et éteignent les lumières. Car s'il n'y avait pas les Noms, le Nommé paraîtrait, s'il n'y avait pas l'amour, l'union persisterait, s'il n'y avait pas les lots différents (du sort), tous les degrés seraient conquis, s'il n'y avait pas le Soi suprême, le Moi suprême paraîtrait, s'il n'y avait pas Lui, il y aurait Moi, s'il n'y avait pas Toi, se verrait la marque de l'ignorance, s'il n'y avait pas la compréhension (ordinaire), s'affirmerait le pouvoir de la Science (pure): et alors les ténèbres seraient abolies, et toutes ces lourdes bêtes s'envoleraient comme d'impondérables oiseaux dans les exiguïtés de l'extinction!

A ton coeur se révèle Celui qui n'a jamais cessé
de résider dans l'inscrutable mystère du Sans-commencement!
Mais c'est toi-même qui étais le voile sur ton oeil
bien que cela fût par la vertu même de ta similitude divine.
Alors au coeur apparaît que Celui qu'il voit
n'a jamais cessé de l'appeler vers Lui!
C'est ainsi qu'un Propos vint, renfermant toute Parole,
et sa gloire fut manifestée par l'Envoyé de la Région Suprême!
.
Ibn Arabi [La Parure des Abdal]

07.09.2007

Vocation

b78dff973facf08b516581ae5b41e9d3.jpg

S'émerveiller de ce qui est... Telle est en toute simplicité la vocation de cet espace.

On peut passer la moitié de sa vie complètement happé, fasciné, subjugué par le monde, par ce qu'on croit être LA réalité. Aussi sera-t-il peut être intéressant de consacrer le restant de ses jours à porter l'attention sur cela même qui était happé, fasciné, subjugué...

Qui suis-je? Que suis-je? Comment suis-je à même de reconnaître l'arbre qui est là devant moi, le ciel derrière, les nuages, les étoiles, les bruits, m'émerveiller de leur présence, vibrer à leur silencieuse musique?

Ne sont-ils pas déjà en moi? Ne suis-je pas l'univers-même contenant toute chose, me regardant à travers l'une de mes infinies lucarnes? Ces yeux qui regardent... qui est juste derrière?

Mon Dieu! Et si c'était vrai!

Xence