03.05.2008

Dieu

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Douglas Harding 

Il m’est difficile de croire en Dieu. Surtout en un Dieu orthodoxe tel qu’on Le représente ou, disons, en Dieu tel que Le conçoivent la plupart des gens raisonnables. Voilà pourquoi :

1 – Il est indétectable. Il semble qu’Il soit répandu partout, un peu comme la Gravité ou une sorte de Gaz Sacré. Il est partout en général et nulle part en particulier. Ce qui fait qu’il est difficile de le trouver, de mettre le doigt sur Lui.

2 – De même, il semble qu’Il soit intemporel, répandu à travers toute l’histoire, sans date précise. Ce qui fait qu’il est difficile de le situer dans le temps, de prendre rendez-vous avec Lui.

3 – Et, bien sûr, Il est absolument invisible. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus difficile de Le prendre au sérieux, Lui, que les gens et les choses qui m’entourent – difficile de le prendre au sérieux tout court.

4 – Tout ceci renforce la croyance (si ancrée qu’elle va sans dire) qu’Il est pur Esprit et donc sans corps. Et « Il n’a pas de corps » devient si facilement « Il n’est personne » !

5 – « Sans corps » signifie forcément « sans cerveau », et « sans cerveau » signifie généralement « sans mental ». Une conclusion que les sages contemporains comme Ramana, Nisargadatta et D.T. Suzuki (sans parler des psychologues behavioristes J.B. Watson et B.F. Skinner) confirment lorsqu’ils me disent que le problème avec mon mental c’est que je crois en avoir un, ou en être un. A quoi j’ajouterais que Dieu ne va certainement pas s’encombrer d’un fardeau dont je peux moi-même me libérer. Alors, comment puis-je éviter de conclure qu’Il n’a pas plus de mental qu’Il n’a de corps ? Ou peut-être serait-il plus prudent de dire que Son mental, s’il existe, doit être tellement différent du mien qu’on devrait lui donner un autre nom ? Ce qui concrètement suffit pour confirmer Son irréalité, du moins pour moi.

6 – Je trouve aussi difficile de croire en un Dieu impersonnel, si différent de moi qu’Il est inimaginable, que de croire en un Dieu personnel, si semblable à moi qu’Il n’est que trop imaginable et manifestement une projection, un anthropomorphe. Dans les deux cas, je suis agnostique.

7 – Et je trouve aussi difficile de croire en un Dieu sans pitié et sans amour qui, à cet égard du moins, serait inférieur à moi que de croire en un Dieu plein d’amour qui apparemment fait si peu pour alléger les souffrances des innocents. D’une façon ou d’une autre, à nouveau, je suis agnostique.

Eh bien, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais voilà les raisons pour lesquelles je doute de l’existence de Dieu. Elles constituent un solide dossier. Est-il surprenant que le monde moderne n’ait que faire de Lui ?

Abandonnant Dieu suis-je alors un incrédule abandonné par Dieu, un athée, même contre mon gré ? Me suis-je vraiment débarrassé de Lui ? Sera-t-Il pour toujours en tête de ma liste de Personnes Disparues ?

Le doute subsiste : peut-être n’est-Il pas du tout comme cela ? Peut-être ce portrait-robot provisoire est-il faux du début à la fin ? Peut-être même m’amène-t-il à découvrir ce qu’Il n’est pas !

Voyons donc. Prenons un par un les sept points responsables de mon agnosticisme et passons-les au crible d’un examen minutieux.

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17.11.2007

Le pouvoir de l'instant présent et la souffrance

Personne n'est tout à fait libéré de la souffrance et du chagrin. Ne s'agit-il pas de vivre avec cela plutôt que d'essayer de l'éviter?

La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l'inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu, on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie.

La souffrance que vous créez dans le présent est toujours une forme de non-acceptation, de résistance inconsciente à ce qui est. Sur le plan de la pensée, la résistance est une forme de jugement. Sur le plan émotionnel, c'est une forme de négativité. L'intensité de la souffrance dépend du degré de résistance au moment présent, et celle-ci, en retour, dépend du degré d'identification au mental. Le mental cherche toujours à nier le moment présent et à s'en échapper. Autrement dit, plus on est identifié à son mental, plus on souffre. On peut également l'énoncer ainsi: plus on est à même de respecter et d'accepter le moment présent, plus on est libéré de la douleur, de la souffrance et du mental.

Pourquoi le mental a-t-il tendance à nier l'instant présent ou à y résister? Parce qu'il ne peut fonctionner et garder le contrôle sans le temps, c'est-à-dire sans le passé et le futur. Il perçoit donc l'intemporel instant présent comme une menace. En fait, le temps et le mental sont indissociables.

Imaginez la Terre dépourvue de toute vie humaine et n'abritant que plantes et animaux. Y aurait-il encore un passé et un futur? Parler du temps aurait-il encore un sens? La question "Quelle heure est-il?" ou "Quelle date sommes-nous?" - s'il y avait quelqu'un pour la poser - serait vraiment insignifiante. Le chêne ou l'aigle resteraient perplexes devant une telle question. "Quelle heure?" demanderaient-ils. "Euh, bien entendu, il est...maintenant. Nous sommes maintenant. Existe-t-il autre chose?".

Bien sûr, pour fonctionner en ce monde, nous avons besoin du mental ainsi que du temps. Mais vient un moment où ils prennent le contrôle de notre vie, et c'est alors que s'installent le dysfonctionnement, la souffrance et le chagrin.

Pour assurer sa position dominante, le mental cherche continuellement à dissimuler l'instant présent derrière le passé et le futur. Par conséquent, lorsque la vitalité et le potentiel créatif infini de l'Être, indissociable du moment présent, sont jugulés par le temps, votre nature véritable est éclipsée par le mental. Une charge de temps de plus en plus lourde s'accumule sans cesse dans l'esprit humain. Tous les individus pâtissent sous ce fardeau, mais ils continuent aussi de l'étoffer chaque fois qu'ils ignorent ou nient ce précieux instant, ou le réduisent à un moyen d'arriver à quelque instant futur qui n'existe que dans le mental, jamais dans la réalité. L'accumulation de temps dans le mental humain, collectif et individuel comporte également, en quantité immense, des résidus de souffrance passée.

Si vous ne voulez plus créer de souffrance pour vous-même et pour d'autres, si vous ne voulez plus rien ajouter aux résidus de cette souffrance passée qui vit encore en vous, ne créez plus de temps, ou du moins, n'en créez pas plus qu'il ne vous en faut pour faire face à la vie de tous les jours. Comment cesser de créer du temps? Prenez profondément conscience que le moment présent est toujours uniquement ce que vous avez. Faites de l'instant présent le point de mire principal de votre vie. Tandis qu'auparavant vous habitiez le temps et accordiez de petites visites à l'instant présent, faites du "maintenant" votre lieu de résidence principal et accordez de brèves visites au passé et au futur lorsque vous devez affronter les aspects pratiques de votre vie. Dites toujours "oui" au moment présent. Qu'y aurait-il de plus futile, de plus insensé, que de résister intérieurement à ce qui est déjà? Qu'y a-t-il de plus fou que de s'opposer à la vie même, qui est maintenant, toujours maintenant? Abandonnez-vous à ce qui est. Dites "oui" à la vie et vous la verrez soudainement se mettre à fonctionner pour vous plutôt que contre vous.

Eckhart Tolle [Le pouvoir de l'instant présent]

16.09.2007

Frapper l'égo d'émerveillement

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L'ego, création mentale

Le corps, le mental, les émotions, la personnalité, voici réuni le bien nommé ego, celui dont on parle tant, mais qu'on ne voit pas toujours,  tapi dans l'ombre, tel un zébulon qui sort de sa boîte lorsque les circonstances le demandent. Quelle est la nature de cet ego? Quelle relation a-t-il avec l'expérience spirituelle?

Pour simplifier, on peut dire que l'ego est une pensée. Cette pensée est nommée « moi ». On la retrouve à l'en-tête de la plupart des paroles et autres pensées qui commencent inlassablement par « moi, je… ». Cette pensée-moi est centrale et prioritaire, retrouvée constamment, telle une inlassable mélopée qui se répète au fil du temps. Je suis cela, je suis cette pensée-moi. Telle est l'attitude courante, qui fait que nous nous identifions pleinement à cette pensée, à ce corps qui la supporte, et à cette personnalité qui l'exprime.

L'identification est la tendance de faire un avec. Je fais un avec cette pensée-moi. Cette pensée et moi sommes un. N’est-ce pas la base même de ce que l'on pourrait nommer l'illusion primordiale, cette funeste habitude de se prendre pour ce que nous ne sommes pas ?

 Le regard, attribut de la conscience

En effet, nous observons le spectacle du corps et de la pensée en mouvement, mais oublions que nous en sommes le spectateur. Cela signifie donc qu'il y a un regard qui contemple ce corps et ce mental. Et nous avons omis de le comptabiliser dans notre histoire. Nous parlons donc de manière éloquente et abondante de ce moi et de son histoire, et oublions que nous en parlons comme quelqu'un qui serait face à nous, que nous contemplerions depuis le piédestal du regard attentif.

Mais où se situe donc ce regard attentif ? Peut-on le localiser dans un point précis du corps, dans le cerveau, les yeux ou les oreilles ? En fait, non. Il est impossible de localiser le regard. Chaque affirmation de localisation sera contredite par une évidence que le regard contemple la totalité des lieux, mais qu'il est, lui-même, nulle part. Moi en tant que regard je suis nulle part.

L'habitude de se localiser dans l'espace et dans le temps est tributaire de l'identification à la pensée-moi. Mais dans les moments où le mental est silencieux, dans les moments de sommeil profond, puis-je me localiser ? Ces moments ont la particularité de s'accompagner de la perte du sentiment du moi individualisé.

L'émerveillement, ouverture à la grâce

Nous pouvons avoir aussi ce même ressenti face à un spectacle émerveillant, dans lequel tous nos sens sont en éveil et notre mental suspendu, comme on serait suspendu en attendant la note qui suit la musique qui nous est familière.

Le sentiment d'émerveillement a ceci de particulier qu'il se rapproche de l'expérience spirituelle. Ce qui les unit est la suspension mentale, le silence de l'esprit, qui nous fait perdre le sens de l'individualité, et, de ce fait, nous unit à la totalité.

Les prières, rituels et méditations viennent à point pour renforcer cette expérience du non-moi, pendant laquelle « je » n'est pas, je ne suis pas et pourtant je me sais être, puisqu'à chaque instant le sentiment d'être est toujours présent, qu'il s'accompagne ou non de pensées. La pratique spirituelle peut ainsi affirmer une expérience intuitive, venant affirmer que le moi et le tout ne sont pas deux entités séparées, mais une seule et même réalité.

L'écueil de la mécanicité

Comme toute pratique, si elle est faite de manière mécanisée, en perdant le sens du merveilleux qui la soutient, elle perd son sens, et devient inutile et encombrante. Encombrante, car elle occupe l'esprit, qui doit accomplir ce qui lui a été imposé, inutile car elle nous éloigne de la fraîcheur et de la grâce qui nous avaient touchés lors de ce recueillement spontané dans l'église désertée.

La mécanicité et la spiritualité ne font pas bon ménage. Quand l'une arrive, l'autre s'en va. C'est en cela que les religions éloignent parfois de ce pour quoi elles sont faites, à savoir réunir l'être avec la réalité de ce qu'il est, et non le maintenir dans l'attente d'un but éloigné. La religion peut, bien sûr, être revue et corrigée, à la lumière d'une ardente aspiration spirituelle, mais le collectif fait parfois entrave à ce qui ne peut se révéler que dans le creuset intime de l'être.

http://jmmantel.net/textes/archives/corps1.html