30.04.2009
Alan Watts : Amour & Connaissance (Extraits)

Nature
| "Il apparaît de plus en plus que nous ne sommes pas placés dans un monde morcelé. Les grossières divisions entre esprit et nature, âme et corps, sujet et objet, sont de plus en plus considérées comme des fâcheuses conventions de langage. Ce sont des termes boiteux qui ne s'appliquent plus à un univers où tout est en interdépendance, un univers qui se présente comme un vaste complexe de relations subtilement équilibrées. "Dans cette nouvelle façon de penser, esprit et matière se résolvent en processus, tandis que les choses se trouvent changées en évènements. "La conscience d'une solidarité indissoluble de l'homme avec la nature peut être accablante pour certains. Elle apparaît humiliante à une civilisation où l'homme a toujours été considéré comme le couronnement de la création et son "maître et possesseur." "L'Occident professe une philosophie tournée vers le futur, mais son attitude effective est en contradiction avec cet idéal. Sa vue ne porte guère au-delà du lendemain puisqu'il exploite les ressources terrestres (et modifie l'environnement) avec une connaissance très fragmentaire du réseau de relations ainsi déséquilibré." |
Séparations
| "C'est pour la civilisation occidentale une idée fixe que l'univers consiste en choses distinctes, ou entités. L'homme se considère de ce fait lui-même comme une partie, introduite dans l'assemblage total de la nature. Le fonctionnement de l'univers naturel est conçu en terme de lois logiques; l'ordre des choses est assujetti à la mécanique linéaire d'une série de causes et d'effets, dans les limitations d'une conscience qui ne perçoit qu'une seule chose à la fois. |
Intellect
| "Le mode analytique de perception nous masque le fait que les choses et les évènements n'existent pas indépendamment les uns des autres. Le monde est une totalité supérieure à la somme de ses parties pour la raison même que ces parties ne s'additionnent pas mais sont une corrélation. La totalité est une structure qui subsiste, tandis que vont et viennent les parties, tout comme le corps humain est une structure dynamique dotée de permanence, malgré la rapidité avec laquelle naissent et meurent les cellules." "Comprendre la nature avec la pensée analytique, c'est comme vouloir distinguer les contours d'une grotte avec un pinceau de lumière intense, mais très mince. Le trajet de la lumière et la série de ses points d'impact sont retenus par la mémoire, et l'aspect général de la grotte laborieusement reconstitués à partir de souvenirs." |
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Identité "Le mode de pensée analytique ayant pour support les mots, nous a donné l'habitude, pour définir quelque chose, d'énoncer ce qui la distingue et la rend "caractéristique", bref ce qui définit son identité. Si bien que l'on s'accoutume à penser qu'une identité est une question de séparation, par exemple que mon identité réside en la manière particulière dont je diffère des autres, soulignant la différence comme étant l'essentiel. Dans ces conditions, le monde m'apparaît comme une chose avec laquelle je dois ETABLIR une relation, et non comme une chose avec laquelle J'AI une relation." "L'étroitesse de la conscience et son mode sériel de stockage des impressions dans la mémoire, tels sont les moyens qui nous permettent d'avoir le sens d'un Moi. Si le Moi s'évanouissait, ou plus exactement, s'avérait n'être qu'une fiction utile, il n'y aurait plus dualité sujet-objet, mais simplement un courant de perception continu."
Ego
Spontanéité
Religion
Vivre
Satori
_______________________________________________ Alan Watts, "Man, Woman and Nature", trad. fr, Almora, 2007. |
20:34 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alan watts, nature, separation, intellect, identite, ego, spontaneit, religion, vivre, sagesse
21.02.2008
Tao Te King
Me plaît cette nouvelle traduction du Tao Te King, sous la plume-clavier de l'auteur du site non-dualite.fr. Elle en transmet la quintessence dans un langage actualisé.
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Le Principe est simple, humble, amiable, lumineux, dépourvu de forme, sans attribut, unique, immuable, omniprésent, indéterminé, inaltérable, vide. Il est complètement désintéressé dans son action. Si nous l'imitons, tout nous réussit. La connaissance que l'homme a du Principe dépend de son état d'esprit. Habituellement libre des passions, l'esprit connaît sa mystérieuse essence, habituellement passionné, il n'en connaît que les effets: le monde des phénomènes. Tout le monde a la notion du beau, et par elle celle du laid; la notion du bon et par elle celle du mauvais. Ainsi, être et néant, difficile et facile, haut et bas, long et court, chaud et froid, sombre et clair, léger et lourd sont des notions corrélatives, dont l'une étant connue révèle l'autre. Ne pas faire cas de l'habilité aurait pour résultat que personne ne se pousserait plus. Ne pas priser les objets rares ferait que personne ne volerait plus. La politique du sage consiste à vider l'esprit des hommes et à remplir leur ventre. Il n'est rien qui ne s'arrange par la pratique du non-agir. Aucun extrême ne peut être maintenu longtemps. A toute apogée succède nécessairement la décadence. Le plus appelle le moins, l'excès le déficit. Renoncez à toute science, et vous serez libres de tout souci. Qu'est-ce que la différence entre le bien et le mal, le beau et le laid? L'être et le non-être? Tout cela empêche la liberté de l'esprit, lequel doit être libre pour s'unir au Principe.
Le sage est simple, naturel, a peu d'intérêts particuliers, et peu de désirs. Il s'en tient à l'Unité. Il sert sans agir, enseigne sans parler; il laisse les êtres devenir sans les contrecarrer, vivre sans les accaparer, agir sans les exploiter. Il ne s'attribue pas les effets produits, et par suite, ses effets demeurent.
Le sage donne car plus il donne, plus il a. Plus il agit pour les hommes, plus il peut. Il imite le ciel, fait du bien à tous, ne s'opposant à personne. Comme il ne tient à rien, qu'il laisse tout aller, rien ne lui échappe.
Chercher la pureté et la paix dans la séparation d'avec le monde est exagération. Elles peuvent s'obtenir dans le trouble du monde par le calme intérieur à condition qu'on ne se chagrine pas de l'impureté du monde et que l'on suive le mouvement universel sans désirer qu'il s'arrête.
Avoir conscience de sa virilité et se tenir néanmoins dans l'état inférieur de la femelle, c'est montrer que l'on conserve intact en soi la vertu primordiale. Se savoir éclairé et se faire passer volontairement pour un ignare montre que l'on est uni au Principe. Se savoir digne de gloire et rester dans l'obscurité prouve que l'on possède encore intacte l'abnégation originelle, la simplicité naturelle.
Celui qui est arrivé au maximum du vide sera fixé solidement dans le repos du non-être. Les êtres innombrables sortent du non-être et je les vois y retourner, puis renaître encore, et mourir à nouveau. C'est l'alternance de la vie et de la mort.
Connaître les autres est sagesse; se connaître soi-même est sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres est force; se l'imposer à soi-même est force supérieure. Se suffire de son destin est la vraie richesse, se maîtriser le vrai caractère. Rester à sa place fait durer longtemps. Après la mort, ne pas cesser d'être est la vraie longévité, résultat de la conformité à la nature et au destin.
Se conformer au Principe, c'est s'atténuer chaque jour pour revenir à la simplicité primordiale.
Celui qui parle ne connaît pas le Principe. Celui qui connaît le Principe ne parle pas. Il tient sa bouche close, retient sa respiration, émousse son activité, se délivre de toute complication; tempère sa lumière, se confond au vulgaire. Il est insensible au gain et à la perte, à l'exaltation comme à l'humiliation. Étant tel, il n'y a rien de plus noble au monde. Tout savoir et croire qu'on ne sait rien, voilà le vrai savoir. Ne rien savoir et croire que l'on sait tout, voilà le mal commun des hommes. Le sage laisse aller tous les êtres d'après leurs natures diverses. Les agiles et les lents, les apathiques et les ardents, les forts et les faibles, les persévérants et les instables. Il se borne à réprimer les excès qui sont nuisibles à l'ensemble des êtres, comme la puissance, la richesse et l'ambition, en se rappelant la nature innommée, simplicité primordiale. Dans cet état primordial, pas de désirs, tout est en paix, l'état se gouverne lui-même.
Quand le gouvernement est simple, le peuple abonde en vertu. Quand le gouvernement est politique, le peuple manque de vertu. Pour coopérer avec le ciel dans le gouvernement des hommes, l'essentiel est de tempérer son action. Cette modération doit être le premier souci. Elle procure l'efficacité parfaite, laquelle réussit à tout, même à gouverner l'empire.
Si un grand Etat s'abaisse, comme ces creux dans lesquels les eaux confluent, tout le monde viendra à lui. Il sera comme la femelle universelle. Dans sa passivité et son infériorité apparentes, la femelle est supérieure au mâle. A condition de savoir s'abaisser, le grand Etat gagnera les petits Etats qui, s'abaissant aussi, rechercheront son protectorat. Mais il faut que les grands daignent s'abaisser vers les petits.
Dans l'antiquité, ceux qui se conformaient au Principe ne cherchaient pas à rendre le peuple intelligent, mais visaient à le faire rester simple. Quand le peuple est difficile à gouverner, c'est qu'il en sait trop long. Celui qui prétend procurer le bien d'un pays en y répandant l'instruction, celui-là se trompe et ruine le pays. Tenir le peuple dans l'ignorance, voilà le salut de ce pays. C'est la formule de l'action mystérieuse, de grande profondeur, de longue portée. Elle n'est pas du goût des êtres, mais grâce à elle, tout vient à bien paisiblement.
Partout et toujours, c'est le mou qui use le dur. Le non-être pénètre même là où il n'y a pas de fissure. Je conclus de là l'efficacité du non-agir. En ce monde, rien de plus souple et de plus faible que l'eau; cependant aucun être, quelque fort et puissant qu'il soit, ne résiste longtemps à son action. Les vagues de l'océan viennent à bout des falaises les plus dures; et pourtant, nul ne peut se passer d'eau.
De même, l'homme qui vient de naître est souple et faible. Quand il devient fort, solide, raide, la mort le gagne... Celui qui est fort et puissant est marqué par la mort, celui qui est faible et flexible est marqué par la vie. Est-il assez clair que la faiblesse vaut mieux que la force et que la souplesse prime la raideur?
11:30 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tao, tao te king, sagesse, ignorance







