20.05.2008

Un jour

 

 

Un jour,

hors de ce cocon de chair

je m’élèverai comme un oiseau doré aux ailes silencieuses

gracieux comme la fumée d’une flamme s’éteignant.

Je ne rêverai plus d’endroits

Caché – en secret dans les fentes du paradis

où les pieds ne laissent plus d’empreintes.

Un jour,

je marcherai dans les jardins, tenant les mains

de ma création et du créateur.

Nous nous toucherons

comme les amoureux déchirés par la mort

pour dire au revoir.

Nous serons étendus dans les bras l’un de l’autre

jusqu’à ce que nous nous éveillions unis

invisibles aux autres.

Un jour,

j’isolerai la partie de moi

qui est toujours présente.

Je danserai avec elle

comme le reflet de la lune sur l’eau.

Je la retiendrai pour moi dans une longue étreinte

qui bat la perfection

dans l’hymne du gardien des chants.

Un jour,

lorsque je me recroquevillerai en moi

je rêverai à toi

cet animal fait de peau et d’os.

Je soupirerai afin de connaître encore ta vie.

Je te rechercherai

comme tu me recherches maintenant.

Quelle magie !

Gloire à l’aspiration à l’inconnu !

Celui qui recherche toujours le soi

qui trompe les apparences.

Qui rêve lui-même éveillé et endormi.

Qui sait que les deux faces du canevas

sont peintes, attendant que les autres

se moulent à nouveau.

James

Extrait du site des Wingmakers ( Poèmes pdf )

24.03.2008

Réalité en quarante versets

 

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 Ramana Maharshi

 

Invocation


1/ S’il n’y avait pas le fait d’être, comment pourrait-il
s’élever des pensées sur la notion d’être ? Puisque ce qui est,
est libre de concepts mentaux et se trouve à l’intérieur de
nous-même, qui est là pour le contempler ? On l’appelle le
Coeur. Sache que de demeurer à l’intérieur de soi-même en
tant qu’être, c’est le contempler.


2/ Ceux qui redoutent la mort cherchent refuge au pied
du « Seigneur suprême », qui est sans naissance ni mort, dans
le but de subjuguer leur peur. Alors ils meurent à eux mêmes
en perdant leurs ajouts (le sens du je et du mien). Ceux qui
ont réalisé le Soi, qui sont devenus immortels, peuvent-ils
encore entretenir la pensée de la mort ?


Texte


1/ Puisque nous percevons le monde, nous devons
admettre unanimement qu’il y a un pouvoir qui est capable
de devenir multiple. Lors de la projection d’un film, l’image
représentant les noms et les formes, celui qui la regarde, le
tissu duquel est fait l’écran et la lumière qui l’illumine, sont
tous un.


2/ Tout système de pensée postule trois principes :
l’individu, Dieu et le monde. Seulement l’un apparaît en
tant que trois. C’est uniquement aussi longtemps que le sens
de l’ego demeure qu’on peut dire que les trois sont réellement
trois. La meilleure chose à faire est de renoncer au sens de
l’ego et de demeurer en son état véritable.


3/ Le monde est réel... non, c’est une fausse apparence!
Le monde est doué de sensibilité... non, il ne l’est pas! Quel
est l’intérêt de telles controverses ? L’état est agréable à tous
dans lequel, ignorant le monde, on se connaît soi-même,
abandonnant à la fois unité et dualité avec un sens de l’ego
disparu.


4/ Si quelqu’un a une forme, le monde et Dieu auront
aussi des formes. Si quelqu’un n’a pas de forme, qui y a-t-il
pour percevoir leurs formes (au monde et à Dieu) et
comment ? Est-ce que quelque chose peut être vu sans l’oeil ?
Le véritable oeil est le Soi qui est l’oeil de l’infini.


5/ Le corps est de la forme des cinq enveloppes. Y a-t-il
un monde en l’absence du corps ? Est-ce que quelqu’un a
déjà vu le monde sans le corps ?


6/ Le monde est de la forme des cinq sortes de sens et
rien d’autre. Comme c’est le mental qui perçoit le monde
par l’intermédiaire de ces cinq organes de perception, y a-til
un monde indépendamment du mental ? Réponds moi.


7/ Bien que le monde et sa prise de conscience s’élèvent
et disparaissent simultanément, le monde n’est perçu qu’à
l’état de veille. Ce en quoi le monde et sa prise de conscience
s’élèvent et disparaissent est la Plénitude (purnam) qui brille
sans début ni fin.


8/ Sous quelque forme que l’on rende un culte à celui
qui n’a ni nom ni forme, c’est seulement un moyen de le
percevoir. Connaître la vérité de soi-même comme étant la
réalité et s’immerger et devenir un avec elle est la seule vraie
perception ; comprends cela !


9/ Les chiffres deux et trois ont pour référence le chiffre
un ; si quelqu’un scrute son mental à la recherche de cet un,
ils disparaissent. Sache que ceux qui ont vu cela ont vu la
réalité, sache qu’ils n’auront plus de doutes.


10/ Il n’y a pas de connaissance sans ignorance ni
d’ignorance sans connaissance. Qui a cette connaissance et
cette ignorance ? Cette connaissance qui connaît le Soi, la
base des deux, est réelle connaissance.


11/ N’est-ce pas de l’ignorance que de tout connaître
sans connaître le Soi, la source de la connaissance ? Quand le
Soi, qui est la base de la connaissance et des objets de
connaissance (relative), est connu, l’ignorance et la
connaissance cessent d’exister.


12/ Ce qui n’est ni connaissance ni ignorance est (réelle)
connaissance. La connaissance des objets ne peut pas être
réelle connaissance. Le Soi qui brille sans qu’il n’y ait rien
d’autre à connaître où à être connu est connaissance. Sache
que cela n’est pas le néant.


13/ Le Soi qui est connaissance est seul la vérité. La
connaissance de la multiplicité est ignorance. Cette
ignorance, qui est irréelle, n’a pas d’existence
indépendamment du Soi, qui est connaissance. Est-ce que
divers ornements en or ont une réalité autre que de l’or dont
ils sont faits ?


14/ Si la première personne existe, les deuxième et
troisième personnes vont aussi exister. Si la réalité de la
première personne est recherchée et que son existence n’est
pas trouvée, les deuxième et troisième personnes ne pourront
subsister et tout brillera comme l’un. Cela est notre vraie
nature.


15/ Le passé et le futur ont pour référence le présent ;
ils sont aussi présents en leur temps (quand ils sont en cours).
En fait, il n’y a que le présent. Ne pas connaître cette vérité,
c’est comme essayer de compter sans le nombre un.


16/ Quand nous les observons, que sont le temps et
l’espace indépendamment de nous ? Si nous sommes le corps,
nous sommes pris dans le temps et l’espace, mais le sommes
nous? Nous sommes le même maintenant, ici, là et à tout
moment. Nous existons, au-delà du temps et de l’espace, nous
qui sommes seulement.


17/ Pour ceux qui n’ont pas réalisé le Soi, aussi bien que
pour ceux qui l’ont réalisé, le corps est le « je ». Pour ceux qui
n’ont pas réalisé le Soi, le « je » est limité au corps, tandis que
pour ceux qui ont réalisé le Soi de leur vivant, le « Je » brille
sans limite. Telle est la différence entre eux.


18/ Le monde est réel pour ceux qui ont réalisé le Soi
comme pour ceux qui ne l’ont pas réalisé. Pour ceux qui ne
l’ont pas réalisé, le monde est simplement le monde, tandis
que pour ceux qui l’ont réalisé, la vérité sans forme brille
comme le substrat du monde. Telle est la différence entre
eux.


19/ La controverse qui oppose destinée et libre arbitre
n’intéresse que ceux qui ne connaissent pas la source des deux.
Ceux qui ont réalisé le Soi, le support des deux, en sont libérés.
Feront-ils encore appel à eux ?


20/ Voir Dieu sans voir le Soi n’est qu’une image mentale.
Seul celui qui s’est vu lui-même a vu Dieu puisqu’il a perdu
son individualité et que rien ne reste excepté Dieu.


21/ Si la question est posée : Quelle est la signification
des textes anciens qui disent que de se voir soi-même, c’est
voir Dieu ?. La réponse est la contre question : Comment,
n’étant qu’un, peut-on se voir soi-même ? Et si on ne peut
pas se voir soi-même, comment peut-on voir Dieu ?
Seulement en étant absorbé par lui.


22/ Comment est-ce possible pour le mental de
connaître le Seigneur qui lui fournit sa propre lumière, si ce
n’est qu’en se tournant vers l’intérieur pour se fondre en Lui ?


23/ Ce corps ne dit pas « je » ; personne ne dit : « Je
n’existais pas durant le sommeil ». Une fois que le « je » s’élève,
tout s’élève. Cherche avec un mental affûté d’où ce « je » s’élève.


24/ Le corps inerte ne dit pas « je ». La conscience d’être
ne s’élève ni ne disparaît. Entre les deux, dans les limites du
corps, quelque chose émerge en tant que « je ». C’est ce qui
est décrit comme le noeud (granthi) entre la conscience et
l’inerte et qui est aussi nommé servitude, être individuel, corps
subtil, ego, samsara et mental. Sache ceci.


25/ S’attachant à une forme, ce fantôme qu’est l’ego,
apparaît, se nourrit, grossit et persiste à être présent. Dès qu’il
quitte une forme, il s’attache à une autre ; mais si on le
recherche, il disparaît. Sache ceci.


26/ Si l’ego existe, toute autre chose existe, s’il n’existe
pas, rien d’autre n’existe. Ainsi, la recherche de sa nonexistence
signifie abandonner toute chose (dans le mental).
Sache ceci.


27/ L’état dans lequel le « je » ne s’élève pas est l’état
d’être. Sans rechercher d’où s’élève le « je », comment peuton
obtenir l’extinction de soi-même qui se caractérise par
la non émergence du « je » ? Et sans effectuer cette extinction,
comment peut-on demeurer dans son état véritable dans
lequel on est « Cela « ? Réponds-moi.


28/ De la même manière que quelqu’un plongerait dans
l’eau pour récupérer un objet, on devrait plonger
profondément en nous- même, parole et respiration retenues
et trouver l’endroit d’où la pensée « je » s’élève. Sache ceci.


29/ Chercher la source du « je », le mental tourné à
l’intérieur, sans prononcer le mot « je », est le vrai chemin de
la Sagesse. Méditer sur « Je ne suis pas ceci » n’est qu’une aide
auxiliaire, mais ne constitue pas l’investigation.


30/ Quand le mental tourné vers l’intérieur demande
« Qui suis-je ? » et atteint le Coeur, le « je » (l’ego) tombe
abattu et le Soi unique apparaît de façon évidente en tant
que « Je-Je ». Bien qu’il semble apparaître, ce n’est pas l’ego,
c’est le tout, le Soi réel éternellement présent.


31/ Pour celui qui s’est détruit (l’ego) et s’est ouvert à sa
nature de béatitude, que reste-t-il à accomplir ? Il ne voit
rien comme étant autre que lui-même. Qui peut comprendre
son état ?


32/ Bien que les Ecritures proclament « Cela tu es »,
c’est un signe de faiblesse que de méditer « Je ne suis pas
ceci, mais cela », au lieu de rechercher ce que l’on est et de le
demeurer, car on est toujours Cela.


33/ Il est absurde de dire aussi bien « Je n’ai pas réalisé
le Soi » que « J’ai réalisé le Soi ». Pourquoi ? Y aurait-il deux
Soi dont l’un serait l’objet de l’autre ? L’expérience de chacun
est que le Soi (Je suis) est un.


34/ Dû à l’illusion, née de l’ignorance, les hommes
controversent : cela est-il ou n’est-il pas ?, cela a-t-il une forme
ou n’en a-t-il pas ? Au lieu de réaliser ce qui de tout temps est
la nature de chacun, qui brille dans le Coeur, et de demeurer
en tant que Cela .


35/ Réaliser le Soi qui est toujours présent et demeurer
en tant que Cela est le véritable accomplissement. Tous les
autres accomplissements sont comme ceux qui apparaissent
en rêve ; sont-ils réels quand on se réveille ? Ceux qui se sont
débarrassés de l’illusion et sont établis dans leur état véritable
peuvent-ils encore être trompés ?


36/ Si nous pensons « je suis le corps », la pensée « non,
je suis Cela » nous aidera à demeurer en tant que Cela, mais
devons-nous toujours penser d’une telle manière ? Un
homme pense-t-il continuellement qu’il est un homme ? Nous
sommes simplement Cela.


37/ Le précepte « dualité durant la recherche et non
dualité, le but atteint » est faux. Que sommes-nous sinon le
dixième homme, à la fois durant la recherche anxieuse de
nous-même et après avoir réalisé le Soi.


38/ Aussi longtemps que nous avons le sentiment d’être
l’auteur de nos actions, nous en récoltons les fruits (bons ou
mauvais) ; mais lorsque, grâce à l’enquête « Qui est l’auteur ? »
(Acteur), on arrive à se connaître soi-même, le sens d’être
l’auteur se perd et l’on devient libre des trois formes de karmas
(sanchita, agami et prarabdha). L’état de libération qui en
résulte est éternel.


39/ Aussi longtemps que la pensée « Je suis lié » persiste,
les pensées de servitude et de libération demeurent. Lorsqu’on
recherche « Qui est lié ? », le Soi, éternellement présent, seul
demeure. Si la pensée de servitude disparaît, comment celle
de libération pourrait- elle subsister ?


40/ S’il est controversé que la libération est de trois
sortes : avec forme, sans forme et avec et sans forme, nous
dirons que la libération est la destruction de l’ego qui discute
si cela est avec forme, sans forme et avec et sans forme.

Collected Works (Version française - zip)

26.09.2007

Ego: le faux centre (2ème partie)

(... suite et fin)

Chaque fois que vous souffrez, essayez juste d'observer et d'analyser, et vous vous apercevrez que quelque part l'égo en est à l'origine. Et l'égo continue de trouver des causes pour souffrir.

Vous êtes égoïste, comme tout un chacun. Certains le sont de manière grossière, juste à la surface; ce n'est pas très méchant. D'autres le sont de manière plus subtile, c'est assez profond, et ceux-là posent problème.

Donc cet égo est continuellement en conflit avec les autres parce qu'aucun égo n'a confiance en lui-même. Cela ne peut pas être autrement -- puisqu'il s'agit de quelque chose de faux. Quand vous n'avez rien dans la main et que vous vous mettez à penser qu'il y a quelque chose, alors ça pose problème. Il suffit que quelqu'un dise: "Il n'y a rien" pour que la querelle éclate immédiatement, parce qu'au fond vous sentez bien vous aussi qu'il n'y a rien. L'autre vous rend conscient du fait.

L'égo est faux, c'est un rien.

Ca aussi vous le savez.

Comment pourriez vous ne pas le savoir? C'est impossible! Un être conscient, comment pourrait-il ne pas se rendre compte que l'égo est simplement faux? Et puis les autres disent qu'il n'y a rien -- et quand les autres disent qu'il n'y a rien ils tapent sur la blessure, ils disent une vérité. Et rien ne fait plus mal que la vérité.

Vous devez donc vous défendre, parce que sinon, si vous n'adoptiez pas une attitude défensive, où seriez-vous, que seriez-vous alors?

Vous seriez perdu.

L'identité sera brisée.

Donc vous vous défendez et luttez -- et voilà le conflit.

Un homme qui atteint son soi n'est jamais en conflit. Les autres peuvent venir et entrer en conflit avec lui, mais lui n'est en conflit avec personne.

Il était une fois un maître Zen qui traversait la rue. Un type qui courait tout près le bouscule rudement et le renverse. Le maître se relève et continue de marcher exactement dans la même direction qui était la sienne avant l'incident, sans même regarder derrière lui.
Un de ses disciples qui était avec lui, très choqué lui demande: "Qui est ce type? C'est quoi ça? Si quelqu'un vit de cette manière, n'importe qui peut venir et vous tuer. Et vous n'avez même pas regardé ce type pour savoir qui c'était, et pourquoi il a fait cela?"

Le maître répond simplement: "Ceci est son problème, pas le mien."

Vous pouvez entrer en conflit avec une personne illuminée, mais ça sera votre problème, pas le sien. Et si vous vous sentez blessé dans ce conflit, ça sera aussi votre propre problème. Elle ne vous blessera jamais. C'est un peu comme se cogner contre un mur -- vous pouvez vous blesser, mais ce n'est pas le mur qui vous a blessé.

L'égo est toujours à la recherche d'ennuis. Pourquoi? Parce que quand personne ne vous prête attention, l'égo se sent affamé.

Il vit de l'attention.

Donc même si quelqu'un vous chamaille et est en colère contre vous, c'est toujours ça, parce qu'au moins l'attention est attirée sur vous. Lorsque quelqu'un vous aime, c'est parfait. Si quelqu'un ne vous aime pas, même la colère ce sera bon à prendre. Au moins l'attention sera dirigée vers vous. Mais si personne ne vous prête la moindre attention, si personne ne pense à vous comme ayant quelque importance, ou une signification particulière, comment allez-vous nourrir votre égo?

L'attention d'autrui devient un besoin.

Vous attirez l'attention des autres de mille et une manières; vous vous habillez d'une certaine façon, vous vous efforcez à paraître beau, vous vous comportez de telle ou telle manière, vous devenez très poli, vous changez. En fonction du type de situation qui se présente, vous changez immédiatement de telle sorte que l'autre vous prête attention.

C'est une subtile mendicité.

Le vrai mendiant est celui qui est en quête d'attention. Tandis que le vrai empereur est quelqu'un qui vit en lui même, il a son propre centre , il ne dépend de personne d'autre.

Le Bouddha assis sous son arbre... Si le monde entier disparaissait soudainement, cela changerait-il quoi que ce soit pour le Bouddha? -- absolument pas du tout. Le monde entier pourrait disparaître que ça ne ferait aucune différence pour lui parce qu'il a atteint le centre.

Mais vous, si votre femme vous quitte, ou demande le divorce, vous êtes complètement brisé -- parce que jusque là elle vous donnait toute son attention, son affection, était aux petits soins avec vous, vous cajolait, vous faisait sentir que vous étiez quelqu'un. Tout votre empire est perdu, vous êtes anéanti. Vous commencez à penser au suicide. Pourquoi? Pourquoi si votre femme ou votre mari vous quitte, vous devriez commettre un suicide? Parce que vous n'avez aucun centre qui vous soit propre. C'était la femme ou le mari qui vous donnait le centre.

Voilà comment les gens existent. Voilà comment les gens deviennent dépendants les uns des autres. C'est un subtil esclavage. L'égo SE DOIT d'être esclave. Il dépend d'autrui. Et seule une personne qui n'a plus d'égo est pour la première fois un maître, elle n'est plus esclave. Essayez de comprendre cela.

Et commencez à observer l'égo -- non pas chez les autres, cela ne vous regarde pas, mais chez vous. Chaque fois que vous vous sentez malheureux, fermez immédiatement les yeux et essayez de découvrir d'où provient ce sentiment de déprime et vous verrez que c'est toujours le faux centre qui est entré en conflit avec quelqu'un.

Vous vous attendiez à quelque chose, mais cela n'est pas arrivé. Vous espériez quelque chose, et c'est le contraire qui se produit -- votre égo est secoué, vous êtes en misère.
Simplement observez, chaque fois que vous êtes déprimé, essayez de découvrir pourquoi.

Les causes ne sont pas à l'extérieur. La cause principale est au dedans -- mais vous regardez toujours dehors, en demandant:

Qu'est-ce qui me rend aussi misérable?
Qui est la cause de ma colère?
Qui est la cause de mon angoisse?

Et si vous regardez dehors, vous allez tout rater. La cause de toute votre misère, de votre colère, de votre angoisse, est cachée au dedans de vous, votre égo.

Et quand vous trouverez la source, il vous sera facile d'aller au-delà. Si vous pouvez voir que c'est votre propre égo qui vous donne tant d'ennuis, vous préférerez le lâcher -- parce que personne ne voudra porter avec lui la source de ses misères, une fois qu'il a compris.

Et rappelez-vous, il n'y a aucun besoin de lâcher l'égo.

Si vous essayez de vous en débarrasser, vous allez atteindre un certain égo plus subtil encore qui dira: "Je suis devenu humble."

N'essayez pas d'être humble.

Personne ne peut essayer l'humilité, et personne ne peut créer de l'humilité par le biais de ses propres efforts -- non. Quand l'égo n'est plus, l'humilité vient à vous. Ce n'est pas une création. C'est l'ombre du centre réel.

Un homme réellement humble n'est ni humble ni égoïste.

Il est simplement simple.

Il n'est même pas conscient qu'il est humble.

Si vous êtes conscient d'être humble, alors l'égo est là.

Regardez les personnes humbles... Il y en a des millions qui pensent être très humbles. Ils s'inclinent très bas, mais observez-les -- ils sont les plus subtils égoïstes. Maintenant c'est l'humilité qui devient leur source de nourriture. Ils disent "Je suis humble" puis vous regardent et attendent une appréciation de votre part.

Ils aimeraient vous entendre leur dire: "Vous être très humble. En fait, vous êtes l'homme le plus humble au monde; personne n'est plus humble que vous." Et alors, voyez le sourire qui se dessinera sur leurs visages.

Qu'est-ce que l'égo? L'égo est une hiérarchie qui dit "Personne n'est comme moi." Ca peut même se nourrir d'humilité -- "Personne n'est comme moi. Je suis le plus humble des hommes."

Il était une fois un fakir, un mendiant qui priait dans une mosquée, tôt le matin, alors qu'il faisait encore sombre. C'était une journée religieuse particulière pour les Mahométans, et le type priait et disait: "Je ne suis personne, je suis le plus pauvre des pauvres, le plus grand pécheur qui soit."
Et puis il y avait quelqu'un d'autre aussi dans la mosquée. C'était l'Emir de cette contrée; il n'était pas au courant qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la mosquée à ce moment là -- il faisait sombre, et l'Emir répétait aussi: "Je ne suis personne, je ne suis rien, je ne suis qu'un mendiant à Ta porte."
Dès qu'il a entendu la voix du fakir, il a crié: "Stop! Qui c'est qui essaie de me doubler, là? Qui es-tu? Comment oses-tu dire devant l'Emir que tu n'es personne alors qu'il dit qu'il n'est personne?"

Tel est l'égo. Ses voies peuvent être si subtiles et rusées qu'il vous faut être très très alerte; seulement alors vous pourrez le voir. N'essayez pas d'être humble. Essayez simplement de voir que toute misère, toute angoisse viennent par son truchement.

Simplement observer! Nul besoin de le lâcher.

Vous ne pouvez pas le lâcher. Qui le lâchera? Alors le LACHEUR deviendra l'égo. Il revient toujours.

Quoi que vous fassiez, prenez simplement du recul et observez-le.

Quoi que vous tentiez -- humilité, simplicité -- ça ne servira à rien. Une seule chose est possible: que vous observiez et voyiez qu'il est la source de toute votre misère. Ne le dites pas. Ne le répétez pas -- OBSERVEZ. Parce que si je dis qu'il est la cause de toute misère et que vous allez le répéter, ça ne sera d'aucune utilité. C'est à VOUS de comprendre cela. Chaque fois que vous êtes misérable, triste, malheureux, simplement fermez les yeux et n'essayez pas de trouver quelque cause extérieure. Essayez de voir d'où cette misère et cette tristesse proviennent.

De votre propre égo.

Si, continuellement, vous sentez et comprenez que c'est l'égo qui est la cause, et que cette compréhension devient profondément enracinée en vous, un jour subitement vous verrez que votre égo a disparu. Personne ne l'a lâché -- personne ne peut le lâcher. Vous verrez simplement qu'il a simplement disparu, parce que la compréhension même du fait que l'égo est la cause de toute misère devient lâchage. LA SEULE COMPREHENSION ENTRAINE LA DISPARITION DE L'EGO.

Et puis vous êtes si intelligents pour voir l'égo chez les autres. N'importe qui peut voir l'égo de l'autre. Mais quand il est question du vôtre propre, là le problème commence -- parce que vous ne connaissez pas le territoire, vous n'y avez jamais voyagé.

Tout le chemin vers le divin, vers l'ultime, doit passer à travers le territoire l'égo. Le faux doit être compris en tant que faux. La source de la misère doit être comprise en tant que source de misère -- alors simplement elle lâchera.

Quand vous savez que c'est du poison, ça finit par lâcher. Quand vous savez que c'est le feu, ça finit par lâcher. Quand vous savez que c'est l'enfer, ça finit par lâcher.

Et vous ne direz jamais "J'ai lâché l'égo". Vous rirez simplement de toute la chose, de la blague que vous étiez le créateur de toute misère.

Tout à lheure, j'étais en train de regarder des dessins animés de Charlie Brown. Dans l'un, il jouait avec des blocs; il construisait une maison avec des kits pour enfants. Il était assis au milieu de tous ces blocs, construisant les murs. Puis, à un moment il se trouvait complètement emprisonné par les murs qu'il a érigés autour de lui, et se mettait à crier: "Au secours, au secours!"

Il a monté tout le kit parfaitement! Maintenant, il se trouve emmuré, emprisonné. C'est enfantin, bien sûr, mais c'est exactement ce que vous avez fait aussi. Vous avez construit une maison tout autour de vous, et maintenant vous criez: "Au secours, au secours!" Et la misère se multiplie par millions, car il y a des secouristes qui sont également dans la même galère.

On raconte qu'une très belle femme est allée consulter son psychiatre pour la première fois. Celui-ci lui demande de s'approcher et de fermer les yeux. Dès qu'elle était suffisamment proche, le psychiatre lui saute simplement dessus et l'embrasse fougueusement sur la bouche. La femme était choquée. Et le psychiatre, tout souriant, de lui expliquer: "Bon, tu peux t'asseoir. Maintenant que mon problème est réglé, on va se pencher sur le tien."

Le problème devient donc multiple, parce que les secouristes sont dans la même galère. Et ils aimeraient bien aider, étant donné que lorsque vous aidez quelqu'un, l'égo se sent très bien, très très bien -- car vous êtes un grand secouriste, un grand gourou, un maître, vous aidez autant de gens. Plus grande est la foule de ceux qui vous suivent, et mieux vous vous sentirez.

Mais vous êtes dans la même galère -- vous ne pouvez pas aider.

Pire, vous causerez du tort.

Les gens qui ont encore leurs propres problèmes ne peuvent être d'aucun secours. Seul celui qui n'a plus de problèmes propres à lui peut vous aider. Alors seulement, il y aura la clarté de voir, voir à travers vous. Un esprit qui n'a pas de problèmes qui lui soient propres peut vous voir, vous devenez transparent pour lui.

Un esprit sans problèmes propres à lui peut voir à travers lui-même, et c'est pourquoi il est capable de voir à travers les autres.

En Occident, il y a plusieurs écoles de psychanalyse; beaucoup d'écoles, mais aucune aide n'atteint réellement les gens; plutôt elles endommagent. Parce que les gens qui aident les autres, ou essaient de les aider, ou se présentent comme aides, sont dans la même galère.

... C'est difficile de voir son propre égo.

Il est très facile de voir l'égo d'autrui. Mais cela importe peu, vous ne pouvez pas les aider.

Essayez de voir votre propre égo.

Simplement observez-le.

Ne soyez pas pressé de vous en débarrasser, observez-le simplement. Plus vous l'observerez, et plus vous serez susceptible de mieux le faire. Un jour, subitement, vous verrez qu'il a lâché. Et ce n'est que lorsqu'il lâche de lui-même que ce sera pour de bon. Il n'y a pas d'autre voie. Vous ne pouvez pas le lâcher prématurément.

Il tombera comme une feuille morte.

L'arbre ne fait rien -- juste une brise, une situation, et la feuille morte choit. L'arbre n'est même pas conscient que la feuille morte vient de tomber. Elle ne fait pas de bruit, pas de revendication -- rien.

La feuille morte simplement tombe et s'écrase sur le sol, comme ça simplement.

Quand vous serez mûr grâce à la compréhension, à la lucide conscience, et que vous avez totalement senti que l'égo est la cause de toute votre misère, un jour simplement vous verrez la feuille morte tomber.

Elle ira se poser sur le sol, et mourra de son propre gré. Vous n'aurez rien fait qui vous fera prétendre avoir lâché l'égo. Vous verrez qu'il a simplement disparu, et que le centre réel se lève.

Et ce centre réel c'est l'âme, le soi, dieu, la vérité, ou toute autre appellation que vous voudrez lui donner.

Il est sans nom, donc tous les noms sont bons.

Vous pouvez lui donner n'importe quel nom de votre choix.

Ego: le faux centre (1ère partie)

Extrait de Beyond the Frontier of the Mind par Osho.
Traduit de l'anglais par Xence.
Texte source:
http://deoxy.org/egofalse.htm
Bonne lecture.


La première chose à comprendre est la signification de l'égo.

Lorsqu'un enfant naît, il naît sans connaissance, sans conscience de lui-même. La première chose dont il prend conscience n'est pas lui-même, la première chose dont il est conscient c'est l'autre. C'est tout à fait naturel parce que les yeux s'ouvrent sur l'extérieur, les mains touchent autrui, les oreilles entendent autrui, la langue goûte la nourriture et le nez sent ce qu'il y a dehors. Tous les sens sont ouverts vers l'extérieur.

Voilà ce que signifie la naissance. Naître veut dire venir en ce monde, le monde du dehors. Donc lorsqu'un enfant naît, il entre dans ce monde. Il ouvre ses yeux, entend les autres. Les "autres", cela veut dire le "tu", le "toi". Il prend conscience de la mère d'abord. Puis, petit à petit, il devient conscient de son propre corps. Cela aussi c'est "l'autre", cela aussi appartient au monde. Il a faim et sent le corps; une fois son besoin satisfait, il oublie le corps.

Voilà comment un enfant grandit. D'abord il devient conscient du "tu", "toi, "autre", et petit à petit, par contraste avec le "tu", il prend conscience de lui-même.

Cette conscience est une conscience réfléchie, reflétée. L'enfant n'est pas conscient de qui il est. Il est simplement conscient de la mère et de ce qu'elle pense de lui. Si elle sourit, si elle a l'air de l'apprécier, si elle dit: "Tu es beau", si elle l'étreint et l'embrasse, l'enfant va se sentir bien. Maintenant un égo est né.

A travers l'appréciation, l'amour, l'attention, il sent qu'il est bien, il sent qu'il est précieux, il sent qu'il a de l'importance.

Un centre est né.

Mais ce centre est un centre réfléchi. Ce n'est pas son centre réel. Il ne sait pas qui il est; il sait seulement ce que les autres pensent de lui. Si, à l'inverse, personne ne pense de lui qu'il est de quelque utilité, si personne ne l'apprécie, personne ne lui sourit, alors un égo est aussi né; mais un égo malade, triste, rejeté, comme une blessure. Cela aussi est un égo réfléchi.

D'abord, la mère -- et la mère veut dire le monde au début. Puis les autres rejoignent la mère, et le monde va croissant. Et plus le monde croît, plus l'égo devient complexe, parce que plusieurs opinions d'autrui s'y reflètent.

L'égo est un phénomène d'accumulation, un sous-produit de la vie avec autrui. Si un enfant peut vivre totalement seul, il n'aura jamais à développer d'égo. Mais cela ne va pas l'aider. Il demeurera comme un animal. Ce qui ne veut pas dire qu'il connaîtra son vrai moi, non plus.

Le vrai ne peut être connu qu'à travers le faux, donc l'égo est une nécessité. On doit passer par là. C'est une discipline. Le réel ne peut être saisi qu'au travers de l'illusion. Vous ne pouvez pas connaître la vérité directement. D'abord il vous faut connaître ce qui n'est pas vrai. Il vous faut rencontrer le non vrai. Et à travers cette rencontre vous serez en mesure de déceler la vérité. Si vous reconnaissez le faux en tant que faux, la vérité poindra sur votre esprit.

L'égo est un besoin; c'est un besoin social, un sous-produit sociétal. La société ça veut dire tout ce qu'il y a autour de vous -- non pas vous, mais tout ce qu'il y a tout autour. Tout, excepté vous, c'est la société. Et chacun vous reflète quelque chose. Vous allez à l'école et l'enseignant va refléter qui vous êtes. Puis vous liez amitié avec d'autres enfants qui vont refléter qui vous êtes. Et petit à petit, chacun ajoute à votre égo, chacun essaie de le modifier de telle manière que vous ne deveniez pas un problème pour la société.

Ce n'est pas vous qui les intéressez.

C'est la société qui les intéresse.

La société ne s'intéresse qu'à elle-même, et c'est ainsi qu'il doit en être.

Ca ne les intéresse pas que vous essayez de vous connaître vous-même. Ce qui les intéresse c'est que vous deveniez une pièce efficace dans le mécanisme de la société. Vous devez cadrer avec le modèle. Alors ils essaient de vous donner un égo qui sied à la société. Ils vous apprennent la morale. La morale signifie qu'on vous donne un égo qui convient parfaitement à la société. Si vous êtes immoral cela veut dire que d'une manière ou d'une autre vous ne convenez pas. C'est pourquoi on met les criminels en prison -- non pas forcément parce qu'ils ont fait quelque chose de mal, pas plus que le fait de les emprisonner les améliorera en quoi que ce soit, non. Simplement, ils ne conviennent pas. Ils ont certains types d'égos dont la société ne veut pas, qu'elle n'approuve pas. Si la société approuve, alors tout va bien.

Un homme tue quelqu'un -- c'est un meurtrier.

Le même homme, en temps de guerre, en tue des milliers -- et c'est un grand héros. La société n'est pas gênée par le meurtre, à condition qu'il soit commis en son nom; là c'est bon.

La société ne s'inquiète pas tant que ça de morale. Leur morale veut seulement dire cadrer avec la société. Si la société est en guerre, alors la morale change. Si la société est en paix, c'est une morale différente qui est en place.

La morale est une politique sociale. C'est une diplomatie. Et chaque enfant doit être élevé de sorte qu'il convienne à la société, c'est tout. Parce que la société s'intéresse aux membres efficients. La société se fiche que vous cherchiez à atteindre la connaissance de soi.

La société crée un égo parce que l'égo peut être contrôlé et manipulé. Le soi ne peut jamais être contrôlé ni manipulé. Personne n'a jamais entendu parler d'une société contrôlant le soi -- pas possible.

Et l'enfant a besoin d'un centre, l'enfant est totalement inconscient de son vrai centre. La société lui donne donc un centre, et petit à petit, l'enfant est convaincu que ceci est son centre, l'égo que la société lui a donné.

Rentré de l'école, s'il est le premier de sa classe, c'est toute la famille qui délire. Vous l'embrassez, vous le dorlotez, vous le bichonnez, vous le mettez sur vos épaules et dansez en disant: "Quel génie! Tu es notre fierté." En fait, vous êtes en train de lui donner un égo, un subtil égo. Et si le gosse rentre déprimé, ayant échoué -- il ne passe pas sa classe ou il est bon dernier -- alors plus personne n'a l'air de l'apprécier et l'enfant se sent rejeté. Il essaiera de travailler dur la prochaine fois, car son centre est sérieusement secoué.

L'égo est toujours secoué, toujours à la recherche de nourriture, que quelqu'un puisse l'apprécier. C'est pourquoi vous êtes continuellement en demande d'attention.

Ainsi, vous obtenez des autres l'idée de qui vous êtes.

Ce n'est pas une expérience directe.

C'est des autres que vous obtenez l'idée de qui vous êtes. Ils façonnent votre centre. Ce centre est bien sûr faux, car vous portez votre vrai centre avec vous. Votre vrai centre ne regarde personne. Personne ne le façonne.

Vous venez avec.

Vous êtes né avec.

Alors vous avez deux centres. Le centre avec quoi vous êtes venu, celui donné par l'existence elle-même. C'est le soi. Et puis l'autre centre, celui créé par la société, qui est l'égo. C'est un faux, un gros truc rusé. A travers l'égo, la société vous contrôle. Vous devez vous comporter d'une certaine manière, parce qu'alors seulement la société vous appréciera. Vous devez marcher d'une certaine manière, rire d'une certaine manière, suivre certaines moeurs, une morale, un code. Ce n'est qu'alors seulement que la société vous appréciera, et si elle ne le fait pas, votre égo en prendra un coup. Et quand l'égo est secoué, vous ne savez plus où vous en êtes, qui vous êtes.

Les autres vous ont donné l'idée.

Cette idée c'est l'égo.

Essayez de le comprendre le plus profondément possible, parce qu'il doit être abandonné. Et à moins de le jeter, vous ne serez jamais à même d'atteindre le soi. A cause de votre accoutumance à ce faux centre, vous ne pouvez pas bouger, et vous ne pouvez pas regarder le soi.

Et rappelez-vous, il va y avoir une période de transition, un intervalle, où l'égo sera réduit en lambeaux, quand vous ne saurez plus qui vous êtes, ni où vous allez, quand toutes les frontières se dissoudront.

Vous serz simplement désemparé, confus. Le chaos.

A cause de ce chaos, vous aurez peur de perdre l'égo. Mais il doit en être ainsi. Il faut obligatoirement passer à travers le chaos avant d'atteindre le centre réel.

Si vous êtes audacieux, la période peut être très courte.

Si vous avez peur, que vous retombiez encore dans l'égo, et que vous essayez d'arranger les choses avec lui encore, alors cela peut prendre beaucoup, beaucoup de temps; plusieurs vies peuvent être facilement perdues ainsi.

J'aime bien l'histoire du petit gosse qui rend visite à ses grands-parents. Il a tout juste quatre ans. Le soir, lorsque sa grand-mère vient le mettre au lit pour le coucher, il se met pleurer et crier: "Je veux rentrer chez moi. J'ai peur de l'obscurité." La grand-mère lui explique: "Je sais très bien que chez toi tu dors en pleine obscurité. Je n'ai jamais vu de lumière allumée dans ta chambre pendant que tu dormais. Alors pourquoi avoir peur ici?" Et le gosse de répondre: "Oui, c'est vrai... mais celle-là c'est MON obscurité à moi... pas celle-ci!" Celle-ci est complètement inconnue.

Même avec l'obscurité, vous pouvez avoir le sentiment "Celle-là est MIENNE."

Dehors -- une obscurité inconnue.

Avec l'égo, vous avez le sentiment "Ceci est MON obsurité."

Il a beau être ennuyeux, vous causer un tas de misères, mais c'est le vôtre quand même. Quelque chose à quoi tenir, à quoi s'accrocher, vous n'êtes pas dans un vide, vous n'êtes pas néant. Vous pouvez être misérable, mais au moins vous ETES. Même le fait d'être misérable vous donne le sentiment du "Je suis". A peine vous vous en éloignez que la peur reprend le dessus, vous commencez à avoir peur de l'inconnue obscurité et du chaos -- parce que la société s'est arrangée pour aménager une petite éclaircie dans votre être.

C'est un peu comme lorsque vous allez vivre en forêt. Vous faites une éclaircie, vous débalyez un petit lopin, vous le clôturez, vous y aménagez une hutte avec un petit jardin tout autour, une pelouse, et tout est parfait. Au-delà de la clôture -- la forêt, la nature sauvage. Ici, tout est parfait, vous avez tout planifié.

Voilà comment ça s'est passé.

La société a opéré une petite éclaircie dans votre conscience. Elle a nettoyé juste une petite partie, complètement, puis l'a clôturée. Là, tout est parfait. C'est ce que vos universités sont en train de faire. Toute la culture et le conditionnement ne sont que cela: éclaircir une petite partie de manière à ce que vous vous y sentiez chez vous.

Et alors vous prenez peur.

Au-delà de la clôture il y a danger.

Au-delà de la clôture vous êtes; comme en-deça vous êtes -- et votre esprit conscient est juste une petite partie, un dixième de votre être entier. Les neuf dixièmes attendent dans l'obscurité. Et quelque part dans ces neuf dixièmes, votre centre réel est caché.

Il faudrait vraiment être audacieux, courageux.

Il s'agit de faire un pas dans l'inconnu.

Pendant un moment, toutes les limites seront perdues.

Pendant un moment, vous serez pris de vertige.

Pendant un moment, vous aurez peur et serez secoué, comme si un tremblement de terre venait de se produire. Mais si vous êtes courageux et ne revenez pas en arrière, si vous ne retombez plus dans l'égo et continuez encore et encore, alors vous trouverez le centre caché au dedans et que vous traînez avec vous depuis plusieurs vies.

C'est votre âme, votre soi.

Une fois que vous vous en approchez, tout change, tout se rétablit de nouveau. Mais là le rétablissement n'est plus le fait de la société. Maintenant tout redevient un cosmos, non un chaos; un nouvel ordre se fait jour.

Mais il n'est plus question de l'ordre de la société -- c'est l'ordre authentique de l'existence elle-même.

C'est ce que le Bouddha appelle Dhamma, ce que Lao Tseu appelle le Tao, et que Héraclite appelle le Logos. Ce n'est pas le fait de l'homme. C'est le VERITABLE ordre de l'existence elle-même. Alors, tout redevient soudainement beau, et pour la première fois réellement beau, parce que ce qui est du fait de l'homme ne peut pas être beau. Au mieux, vous pouvez en cacher la laideur, c'est tout. Vous pouvez le décorer, l'agrémenter, mais il ne sera jamais beau.

La différence est exactement comme la différence entre une fleur réelle et une fleur en plastique ou en papier. L'égo est une fleur en plastique -- morte. Il a juste l'apparence d'une fleur, mais ce n'est pas une fleur. Vous ne pouvez pas réellement l'appeler fleur. Même linguistiquement, l'appeler fleur est faux, car une fleur est quelque chose qui fleurit. Et cette chose en plastique est juste une chose, sans floraison. Elle est morte. Il n'y a pas de vie dedans.

Vous avez un centre fleurissant au dedans de vous. C'est pourquoi les Hindodus l'appellent lotus -- il est fleurissant. Ils l'appellent le lotus-aux-mille-pétales. Mille pour une infinité de pétales. Et ça continue de fleurir, ça n'arrête jamais, ça ne meurt jamais.

Mais vous vous contentez d'un égo en plastique.

Il y a des raisons à votre contentement. Avec une chose morte, il y a plusieurs avantages. L'un étant qu'une chose déjà morte ne meurt plus. Elle ne le peut pas -- elle n'a jamais été en vie. Alors vous pouvez avoir des fleurs en plastique, elle sont bien dans un sens. Elles sont permanentes, elles ne sont pas éternelles, mais permanentes.

La fleur réelle dehors dans le jardin est éternelle, mais non permanente. Et l'éternel a sa propre manière d'être éternel: celle d'être né encore et encore puis mourir. A travers la mort il se rafraîchit, se régénère.

Pour nous, la fleur semble morte -- elle ne meurt jamais.

Elle change de corps simplement, si bien qu'elle est toujours fraîche.

Elle quitte l'ancien corps, et entre dans un nouveau. Elle va fleurir quelque part ailleurs; et la floraison continue.

Mais nous ne pouvons pas voir la continuité parce que la continuité est invisible. On voit seulement une fleur, une autre fleur, on ne voit jamais la continuité.

C'est la même fleur qui a fleuri hier.

C'est le même soleil, mais dans un vêtement différent.

L'égo a une certaine qualité -- il est mort. C'est une chose en plastique. Et il est très facile de l'obtenir puisque ce sont les autres qui le donnent. Vous n'avez pas besoin de le rechercher, cela n'implique aucune recherche. C'est pourquoi, à moins que vous ne deveniez un chercheur de l'inconnu, vous n'êtes pas encore devenu un individu. Vous faites juste partie d'une masse. Vous êtes juste une foule.

Lorsque vous n'avez pas de centre réel, comment pouvez-vous être un individu?

L'égo n'est pas individuel. L'égo est un phénomène social -- c'est la société, ce n'est pas vous. Mais il vous donne une fonction dans la société, une hiérarchie dans la société. Et si vous vous en contentez, vous allez rater l'opportunité de trouver le soi.

Et c'est pourquoi vous êtes si misérable.

Avec une vie en plastique, comment pouvez-vous être heureux?

Avec une vie fausse, comment espérez-vous connaître la félécité? Avec cet égo qui vous crée des misères par millions...

Vous ne pouvez pas le voir, parce que c'est votre propre obscurité. Vous y êtes accoutumé.

N'avez-vous jamais remarqué que toutes sortes de misères arrivent par l'égo? Il ne peut pas vous apporter la béatitude, il ne peut que vous rendre misérable.

L'égo c'est l'enfer.

(à suivre...)

19.09.2007

Parabole des deux oiseaux

32ef9dc8b18a023a9bb0424df71346ac.jpgC'est un vieux conte indien à propos de deux oiseaux. L'un, perché sur une haute branche, contemple paisiblement tout ce qui se passe autour de lui. L'autre sautille nerveusement d'une branche à l'autre pour picorer les fruits. Lorsqu'il trouve les fruits sucrés, il gazouille de joie; mais lorsqu'il goûte des fruits acides, il sombre dans le mécontentement et la dépression. Il jette un coup d'oeil de temps en temps vers l'oiseau perché majestueusement au sommet de l'arbre. L'oiseau nerveux aspire à découvrir le secret de la sérénité de l'autre, mais il oublie bien vite cette aspiration lorsque son attention est attirée par de nouveaux fruits.

Il continue donc à sautiller d'une branche à l'autre et passe quelques minutes d'un fruit sucré à un fruit acide, de l'euphorie à la déception, du gazouillis aux cris. Lui qui ne cherche que des fruits sucrés, est au désespoir lorsqu'il réalise que chaque fruit sucré est suivi d'un fruit amer. Peu importe ce qu'il fait, les fruits acides succèdent aux fruits sucrés. Il jette un coup d'oeil plein d'espoir vers l'oiseau paisible, puis reprend avec obsession sa recherche frénétique. A un moment donné, il goûte un fruit tellement amer que cela lui est insupportable. Il est au bord de la crise. Il doit choisir quelque chose d'entièrement différent, sinon il en perdra la raison. En proie à l'hésitation, il sautille vers l'oiseau paisible et s'en rapproche peu à peu.

C'est au cours de cette manoeuvre timide que se produit le miracle : l'oiseau inférieur se rend compte que c'était lui l'oiseau supérieur ! Mais il ne s'en rendait pas compte. Il était le jouet de ses illusions et pensait qu'il y avait deux oiseaux distincts; mais il sait à présent qu'il n'en existe qu'un seul : le soi unifié.
Il se rend compte à présent qu'il se trouvait dans un état d'illusion hypnotique lorsqu'il sautillait désespérément d'une
branche à l'autre. Maintenant qu'il sait que c'est lui l'oiseau majestueux, il est au-dessus de l'exaltation et du chagrin. Il ne recherche plus le bonheur à l'extérieur de lui-même -- son véritable soi est le bonheur même !